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Tome huitième.
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ANNÉE 1770. 479

tellement de mes souvenirs la douce idée que je m’étois faite d’a-chever paisiblement mes jours près de vous. J’avoue même quel’aimable hôtesse que vous m’avez donnée me rend cette idée in-iiniment plus riante. Si je pouvois lui faire ma cour, au point devous rendre jaloux du pauvre barbon, cela me paroîtroit fort plai-sant et surtout fort agréable ; et, croyez-moi, mon cher hôte, vousaurez beau vous vanter d’en vouloir courir les risques, je vousconnois, votre mine stoïque est admirable, mais seulement tantque vous êtes loin du danger.

Votre conseil de ne point renoncer subitement et absolumentà la botanique me paroît de fort bon sens, et je prends le parti dele suivre. Il est contre la nature de la chose de se prescrire ou des’interdire d’avance un choix dans ses amusements. Quand ledégoût viendra, je cesserai d’herboriser ; quand le goût reviendra,je recommencerai jusqu’à ce qu’il me quitte derechef. Il est déjàrevenu. Des plantes qu’on m’a envoyées et des correspondancesde botanique me l’ont rendu, et je doute qu'il s’éteigne jamas tout-à-fait. Cela n’empêchera pourtant pas que je ne me défasse demes livres et même de mon herbier ; et, si vous voulez tout debon vous accommoder de l’un et de l’autre, je serai charmé qu’ilstombent entre vos mains, qui, quoi que vous en disiez, ne serontjamais pour moi des mains tout-à-fait étrangères. Le désir que j’a-vois de vous envoyer le catalogue est une des causes qui ont re-tardé cette lettre. Le grand froid ne me permet pas, quant à pré-sent, cebouquinage; et, puisque vous ne voulez pas encore avoirces livres, rien ne presse. Mais vous ne serez pas oublié, et vousaurez la préférence que vous avez l’honnêteté de me demander, etqui en devient réellement une , car depuis ma dernière lettre onm’a demandé cette collection.

A M. ÏIOUr.TOU.

Mont^uin, le 9 jauvief <770.

Je comprends, mon cher Moultou, qu’une caisse de confituresque j’ai reçue de Montpellier est le cadeau que vous m’aviez an-noncé cet été, et auquel je ne songeois plus quand il est venu mesurprendre en guet-apens. Que voulez-vous que je fasse d’un sigrand magasin? voulez-vous que je me mette marchand de sucre?il me semble que je n’étois pas trop appelé à ce métier : voulez-vous que je le mange? il en faudroit beaucoup, je l’avoue, pour