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Tome huitième.
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CORRESPONDANCE.

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trahie édifice de ténèbres, on m’ensèvelira tout vivant dans uncercueil. C’est exactement ainsique, sans prétexte et sans droit,on traite en France un homme libre, un étranger qui n’est pointsujet du roi, qui ne doit compte à personne de sa conduite, encontinuant d’y respecter, comme il a toujours fait, le roi, les lois,les magistrats et la nation. Que s'il est coupable, qu’on l’accuse,qu’on le juge, et qu’on le punisse ; s’il ne l’est pas, qu’on le laisselibre, non pas en apparence, mais réellement. Voilà, monsieur,ce qui est juste ; tout ce qui est hors de là, de quelque prétextequ’on l’habille, est trahison, fourberie, iniquité.

Non, je ne serai point accusé, point arrêté, point jugé, pointpuni en apparence; mais on s’attachera, sans qu’il y paroisse, à merendre la vie odieuse, insupportable, pire cent fois que la mort : onme fera garder à vue; je ne ferai pas un pas sans être suivi; on m’ô-tera tous moyens de rien savoir et de ce qui me regarde et de ce quine me regarde pas; les nouvelles publiques les plus indifférentes, lesgazettesmêmeme seront interdites; on ne laissera courir mes lettreset paquets que pour ceux qui me trahissent, on coupera ma cor-respondance avec tout autre ; la réponse universelle à toutes mesquestions sera toujours qu’on ne sait pas ; tout se taira dans touteassemblée à mon arrivée; les femmes n’auront plus de langue, lesbarbiers seront discrets et silencieux ; je vivrai dans le sein de lanation la plus loquace comme chez un peuple de muets. Si jevoyage, on préparera tout d’avance pour disposer de moi par-tout où je veux aller ; on me consignera aux passagers, aux co-chers, aux cabaretiers ; à peine trouverai-je à manger avec quel-qu'un dans les auberges, à peine y trouverai-je un logement quine soit pas isolé; enfin l’on aura soin de répandre une telle hor-reur de moi sur ma route, qu’à chaque pas que je ferai, à chaqueobjet que je verrai, mon ame soit déchirée : ce qui n'empêcherapas que. traité comme Sanclio, je ne reçoive partout cent cour-bettes moqueuses, avec autant de compliments de respect et d’ad-miration : ce sont de ces politesses de tigres qui semblent voussourire au moment qu’ils vont vous déchirer.

Imaginez, monsieur, s’il est possible, un traitement plus insul-tant, plus cruel, plus barbare, et dont le concert incroyablementunanime laisse au sein d’une nation tout entière un infortuné ri-goureusement seul et sans consolation. Tel est le talent supérieurde M. de Choiseul pour les détails, tels sont les soins avec les-quels il est servi quand il est question de nuire ; mais s’il s’agis-