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Jean-Jacques pouvoit espérer, ce me semble, d’être mis au nom-bre de ces hommes-là.
On ne vous a pas jugé, diront-ils. Et qu’avez-vous donc fait,misérables? En feignant d’épargner ma personne, vous m’ôtezl’honneur, vous m’accablez d’opprobres ; vous me laissez la vie,mais vous me la rendez odieuse en y joignant la diffamation. Vousme traitez plus cruellement mille fois que si vous m’aviez faitmourir ; et vous appelez cela ne m’avoir pas jugé ! Les fourbes !il ne manquoit plus à leur barbarie que le vernis de la générosité.
Non , jamais on ne vit des gens aussi fiers d’ètre des traîtres :prudemment enfoncés dans leurs tanières, ils s’applaudissent deleurs lâchetés, et insultent à ma franchise en la redoutant. Pourm’étouffer sans que je crie, ils m’ontauparavantattachéunbâillon..V voir enfin leur bénigne contenance, on les prendrait pour lesbourreaux de l’infortuné don Carlos , qui prétendoient qu’il leurfût encore redevable de la peine qu’ils prenoient de l’étrangler.
En vérité, monsieur, plus je médite sur cette étrange conduite,plus j’y trouve une complication de lâcheté, d'iniquité, de four-berie , qui la rend inimaginable. Ce qui me passe encore plus estque tout cela paraît se faire de l’aveu de la nation entière ; quenon seulement mes prétendus amis, mais d’honnêtes gens réel-lement estimables, y paraissent acquiescer, et que M. de Saint-Germain lui-même ne m’en paraît pas encore assez scandalisé.Cependant, fussé-je coupable, fussé-je en effet tout ce qu’on m’ac-cuse d’être, tant qu’on ne m’aura pas convaincu , cette conduiteenvers moi serait encore injuste, fausse, inexcusable. Que doit-elle me paraître à moi qui me sens innocent?
Soyons équitables toujours. Je ne crois pas que M. de Choiseulsoit l’auteur de l’imposture ; mais je ne doute point qu’il n’aittrès bien vu que c’en étoit une, et que ce ne soit pour cela qu’ilprend tant de mesures pour m’empêcher d’en être instruit : carautrement, avec la haine envenimée que tout décèle en lui contremoi, jamais il lie se refuserait le plaisir de me convaincre et deme confondre, dut-i! s’ôter par-là celui de me voir souffrir pluslong-temps.
Quoique ma pénétration, naturellement très mousse, mais ai-guisée à force de s’exercer dans les ténèbres, me fasse devinerassez juste des multitudes de choses qu’on s’applique à me ca-cher, ce noir mystère est encore enveloppé pour moi d’un voileimpénétrable ; mais à force d’indices combinés, comparés; à force