254 ASTRONOMIE, LIV. VII L
Lune et le Soleil alloient toujours d’un mouvement uniforme, et queleur longitude moyenne fût toujours égale à leur longitude vraie; ceseroit assez pour l’usage du calendrier civil, car l’on est toujours sûrde ne pas se tromper d’un jour, même en se restreignant aux moyensmouvemens. Mais non seulement les nouvelleslunes désignées dansle calendrier par les épactes , ne sont point les nouvelles lunes astro-nomiques vraies qu'on observe, et qu’on trouve dans nos éphémé-rides ; elles ne sont pas même exactement d’accord avec les nouvelleslunes moyennes ; il y a souvent des retardemens qui deviennent sen-sibles, et on l’a fait exprès. Lors de la correction grégorienne, onvoulut remettre les nouvelles lunes au même lieu où elles étoient autemps du concile de Nicée ; il y avoit alors quatre jours de diffé-rence entre les nouvelles lunes moyennes et celles du cycle : dansl’exécution on n’a corrigé que 3 jours au lieu de quatre ; de là vientque la pleine lune astronomique vient souvent un jour avant la pleinelune pascale, et que le calendrier n’a point à cet égard la justessequ’on avoit eu intention de lui donner ; de là vient aussi la contradic-tion apparente que l’on trouvera quelquefois entre les calculs rigou-reux été l’astronomie , et les calculs beaucoup moins exacts du com-put ecclésiastique.Par exemple, en 1783 l’épacte xxvi répondoitau5 de mars ; cependant la nouvelle lune vraie étoit arrivée le 3 à septheures du matin : mais une partie de ces différences se corrige à la hndes 19 ans et à la fin des 3 oo ans où l’on place une équation lunaire.
L’erreur d’un jour que nous venons de remarquer a fait tomber lafête de Pâque, en 1704, au 23 mars , au lieu qu’elle auroit dû être le20 avril ;parceque, dans cette année, la pleinelun^edevoit être mar-quée au 20 mars, et qu’elle ne le fut qu’au 21 : or le 20 mars n’estpoint du mois pascal, mais le 21 en est (Hist. de l’acad. 1701,pag. 11 o; J. Bernoulli Opéra , tom. IV; et l 'Encycl. au mot Epacte, oùl’on cite plusieurs autres exemples). La raison de ce défaut est quel’objet des réformateurs étoit de demeurer plutôt au-dessous qu’au-dessus des véritables nouvelles lunes , pour empêcher que les épac-tesn’indiquassent la nouvelle lune plutôt qu’ellen’arriveréellement,et que la fête de Pâque ne fût célébrée le xiv de la lune, ou mêmeplutôt, c’est-à-dire en même temps que chez les Juifs ou chez les hé-rétiques quarto-décimans (Fleuri, Hist. eccl. année 19< 5 , tom. 7 ,pag. 3 75, 5 i 8 , in- 12). Pour cet effet, on a eu plus d’égard à la pleinelune qu’à la nouvelle lune : on n’a pas craint que la fête de Pâque fûtcélébrée plus tard que le xxi de la lune ; mais on redoutoit la célé-bration qui auroit pu tomber le xiv quand il se trouve un diman-che , parceque c’est le xiv au soir que choisissent les Juifs pour im-jnoler l’agneau pascal,