Band 
Tome troisieme.
Seite
86
JPEG-Download
 

8 6 ASTRONOMIE, L I V. XVI.

est telle qu’on n’y apperooit pas même un brin d'herbe pendantles trois saisons chaudes de l’année , du moins dans les Lieux décou-verts et exposés au Soleil -, c’est presque de la cendre , plutôt que dela terre. Aussi dans le printemps , l’été et l’automne, on coucheen plein air sur le haut des maisons qui sont en plate-forme , surdes toiles tendues et sans couvertures. Les étoiles y font un spec-tacle happant -, c’est une lumière pure , ferme et éclatante , sansnul étincellement ; ce n’est qu’au milieu de l’hiver que la scintil-lation , quoique très foible, s'y fait appercevoir; en conséquence,Garcin ne doutoit pas que la scintillation ne vînt des vapeurs quis’élèvent sans cesse dans l’atmosphere des pays moins secs. LaCondamine a remarqué de même , dans la partie du Pérou quiest le long de la côte , où il ne pleut jamais, que la scintillationdes étoiles y étoit bien moins sensible que dans nos climats.

2814. M. de Beauchamp m’écrit de Bagdad que les étoiles au-dessus de 45 ° de hauteur n’ont aucune scintillation , et qu’on nepeut les distinguer des planètes ; le tour de l’horizon est moins pur,à cause des eaux du Tygre (3) . La grande pureté du ciel en Arabiefut sans doute autrefois l’occasion des premières découvertes de l’as-tronomie ( 236 ) ; on comprend assez quel avantage un ciel toujourspur et serein a dû donner aux Asiatiques sur le reste du monde. Lafacilité de voir toujours ce spectacle dans toute sa beauté, ou plutôtl’impossibilité de ne le pas voir sans cesse, a fait de tous les liabitansde Bander-Abassi et des environs comme autant d’astronomes. Lesinterruptions de sommeil qui doivent y être fréquentes, deviennentpour eux une occasion d’observations curieuses et faciles, que nouspréparons en Europe avec des soins pénibles, et qu’un ciel ingratnous enleve : aussi les gens du peuple savent connoître, quand ilss’éveillent, quelle heure il est, par les étoiles. Si les talens se dé-veloppent, ditMairan, à mesure qu’il se présente plus d’occasionsde les exercer, et s'ils sont assez également répandus sur la totalitédu genre humain, combien de semblables pays, la Caldée, l’Egypteet l’Arabie, n’ont-ils pas dû produire d’astronomes, lorsque lessciences , et l’astronomie sur-tout, y étaient en honneur! ( Ilist.acad. 1743).

(a) M. de Saussure étant sur le Mont-Blanc à 2000 toises de hauteur , en1787, voyoit le fond du ciel presque noir, sans doute par la grande pureté del’air : cependant il y avoit encore une scintillation sensible ; mais il l’attribue auvent qui produisoit dans l’air des condensations et des réfractions alternatives.