354 ASTRONOMIE, 1 I V. XX.
3379. Il y a eu des écrivains, aussi timides que religieux, qui ontréprouvé ce système comme contraire à la religion : c’étoit mal sou-tenir la gloire du Créateur. Si l’étendue de son ouvrage annonce sapuissance , peut-on en donner une idée plus magnifique et plus su-blime? Nous voyons à la vue simple plusieurs milliers d’étoiles; iln’y a aucune région du ciel où une lunette ordinaire n’en fasse voirbeaucoup qu’on n’apperçoit pointsans ce secours : quand nous pas-sons à de grands télescopes , nous découvrons un nouvel ordre dechoses et une autre multitude d’étoiles qu’on ne soupçonnoit pasavec les lunettes : ce que les télescopes d’Herschel ont fait apper-cevoir dans une partie indiqueroit millions d’étoiles en suppo-sant qu’il y en ait également de tous les côtés. Ainsi plus les instru-inens son t parfaits jdÏus cette immensité de nouveaux mondes se multi-plie et s’étend : l'imagination perce au-delà du télescope; elle yvoit une nouvelle multitude de inondes infiniment plus grande quecelle dont nos yeux appercevoient la trace ; elle cherche des bor-nes, c’est en vain. La seule difficulté qu’on peut avoir sur l’existencedes habitans de tant de millions de planètes, c’est l’obscurité descauses finales qu il est bien difhcile d’admettre quand on voit leserreurs où sont tombés les plus grands philosophes., Fermât, Léib-nitz, Maupertuis, etc., en voulant employer ces causes finales, ouces suppositions métaphysiques de prétendus rapports entre les ef-fets que nous connoissons et les causes que nous leur assignons oules fins pour lesquelles nous les croyons exister.
Si l’on admet généralement sans difficulté la pluralité des mondes,si l’on est si porté à croire les planètes habitées, c’est qu’on regardela Terre comme ne servant à autre chose qu’à l’habitation deshommes ; d’où l’on inféré que les planètes ne serviroient à rien sielles n’étoient pas habitées. Mais, oserai-je le dire? ce raisonnementtient à des idées étroites, peu philosophiques, et en même temps bienprésompteuses de la part des hommes. Que sommes-nous en compa-raison de l’univers? en connoissons-nous l’étendue, les propriétés, ladestination, les rapports? Et quelques atomes d’une si frêle existencepeuvent-ils intéresser l’immensité de ce grand tout, et ajouter quel-que chose au mérite, à la perfection et à la grandeur de l’univers?Aussi d’Alembert, dans l’Encyclopédie ( art. Monde ), après avoirexaminé si les planètes sont habitées, finit par dire On n'en sait rien.