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Catalogue de la bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Victor au seizième siècle / rédigé par François Rabelais ; commenté par le bibliophile Jacob [i.e. Paul Lecroix] ; suivi d'un Essai sur les bibliothèques imaginaires par Gustave Brunet
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DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SAENT-VICTOR. fi T

que Rabelais n’ait eu l’intention de se moquer deGuillaume Pépin et de ses sermons.

Ce dominicain avait une telle réputation au com-mencement du seizième siècle , quand il prêchaitdans différentes églises de Paris, qu’on disait pro-verbialement : Qui nescit pepinare , nescit prædi-care. Rabelais, en inventant le Vistempenard desPrêcheurs, joue sur les mots de pepinare , de pénis,de prædicare et même de pedicare , qu’il mêle etchange par contrepeterie ou par équivoque.

Les commentateurs se sont troublé la cervellepour découvrir le véritable sens du mot vistempe-nard et pour fixer son étymologie. Nous ne lessuivrons pas dans les tours de force de leur érudition.Tl suffit de rappeler que Rabelais emploie ailleursle participe vistempenardé , pour dire : qui sembledevenu fou, et le substantif pénard , dans le sensde : membre viril. « Et voyez comme le monde estempenardé! » s’écrie Panurge (liv. III, ch. 29).« Chascun exerçoit son pénard, » lit-on dans le pro-logue de ce troisième livre. Ménage a donc eu raisonde dire dans ses additions à son Dictionnaire étymo-logique : « C’est pénis qui est le père de pénard. »

Pénard signifiait, au propre, une flèche garniede plumes, un trait empenné ; vistempenard étaitdonc un gros vireton d’arbalète. Ce mot-là, pris aufiguré, s’entendait d’un regard rapide et perçantcomme une flèche, tel que le regard d’un fou.Voilà ce que Rabelais a voulu exprimer. GuillaumePépin, dans ses prédications, lançait des regardsterribles à son auditoire et avait l’air d’être en dé-mence furieuse.