154
LUS FORÊTS
dans la mousse ou accrochés à l’arête d'un rocher, tuitôtà demi redressé, les pieds cramponnés à quelque racinesaillante, ayant toujours à garder son équilibre menacéà tout moment par un élan trop hardi ou par le choc enretour d’un coup mal assené. Enfin l’arbre craque, s'abatavec fracas et glisse rapidement sur la pente, où il a’estretenu que par la ramure de sa cime : quelquefois unebranche oubliée sur le tronc ou bien la cime elle-mêmesaisit le malheureux bûcheron et, comme une fronde, lelance dans l’abîme.
Lorsque les arbres sont abattus, ce n’est pas une moindredifficulté que de les amener au bas de la montagne. S’ils’agit de bois de faibles dimensions et que l’on a sciéssur place, et si le versant de la montagne présente despentes modérées et à peu près régulières, on se sert de traî-neaux plats que l’on fait glisser sur une voie formée debûches transversales, parallèles, distantes de 40 centi-mètres environ et solidement maintenues par des piquetsfichés en terre. Ces traîneaux, communément empbyésdans les Vosges, portent le nom de schlittes. On empile surchacun d’eux 5 ou 6 mètres cubes de bois. Un homme, leschlitteur, se place à l’avant du traîneau, dont il saisit lesdeux brancards recourbés, et il dirige la descente en seretenant avec les pieds à chaque barreau de cette échellegigantesque. Quand le sol devient plat, il tire pénible-ment; dans les endroits rapides, l’énorme fardeau pèsesur lui, le pousse, et il le retient, se renversant en ar-rière, s’arc-boutant sur ses jambes raidies contre leséchelons. S’il fait un faux pas, si la force lui manque uninstant, il est perdu : le traîneau le renverse et lecrase,ou bien, déraillant à un tournant, le jette et le brise centreun rocher ou un tronc d’arbre.
Pour le transport des grosses pièces, le schlittage a’estpas possible, il faut avoir recours à un autre procédé.On construit du haut en bas de la montagne des concuitsen bois dans lesquels on jette les troncs d’arbres, soit