LES FORÊTS
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plus qu’un sommet aigu et lacéré; scs brandies gisentautour de son pied, pareilles à un amas d’ossements blan-chis; là, un autre, brisé par la foudre ou par le vent,est tombé, mais il a été retenu au milieu de sa chute parles arbres voisins et il reste suspendu en l’air, où il seréduit en poudre sans toucher la terre autrement que parses débris. Un peu plus loin, tout un groupe de grandsPins a été renversé, sans doute par un ouragan; leursvastes racines ont soulevé avec elles d’énormes mottes deterre qui forment plusieurs rangées de collines. Il y a desendroits où il semble que les arbres morts aient étéréunis et entassés à dessein ; c'est un véritable cimetière,un ossuaire végétal : de nombreuses générations de troncsgéants y sont couchées côte à côte; les uns, complète-ment décomposés, ne sont plus représentés que par unelongue ligne de poussière rouge tracée sur l’herbe ; d’au-tres, squelettes décharnés, conservent encore leur forme;ceux-ci, tout noirs, gisent et pourrissent dans l’eau; ceux-là disparaissent sous un vert linceul de mousse. De touscôtés, ces scènes de lente et fatale destruction, de vio-lence tranquille et implacable, attristent les yeux du voya-geur.
Mais c’est aux approches de la nuit que la forêt prendsurtout un aspect lugubre. Une humidité glaciale se ré-pand dans l’air et vous pénètre comme une brume d’hiver.Vous n’apercevez plus autour de vous que des massesconfuses, des formes bizarres, monstrueuses, des imagesmystérieuses et fantastiques entre lesquelles s’enfoncentdes gouffres ténébreux. Le silence, dont vous aviez pu jouiren plein jour, ne vous parle plus de repos et de paix; ildevient d’une solennité formidable; il vous donne le sen-timent accablant du vide absolu, du néant. On n’entendqu’un seul bruit, importun, odieux : c’est le bourdonne-ment aigu des moustiques. Ces insectes voltigent par my-riades autour de vous; ils envahissent la tente sous la-quelle vous vous abritez; le visage, les mains, toute partie