LES FORÊTS
1!)5
de rochers, d’arbres renversés, de fourrés épineux et demarécages. Ailleurs un rapide vous saisit, vous entraîne ;on rame avec un redoublement de force et de vitesse; onse retient, on se pousse à l’aide des gaffes ; on n’avancequ’en opposant une furieuse énergie à la violence du cou-rant. Voici ensuite un lac, puis d’autres lacs, à traverser;sur ces petites mers les vents se déchaînent, soulèvent desvagues courtes et turbulentes, et à tout moment l’em-barcation, construite en planches légères, surchargée, etdont le bord ne dépasse guère lefiiveau de l’eau, risqued’être submergée.
La seconde escouade de bûcherons n’a pas à s’acquitterd'une tâche moins ardue. Elle conduit les bœufs, indis-pensables pour traîner les arbres abattus jusqu’à la rivièredont le courant les emportera. Elle part plus tard etvoyage plus lentement; elle a donc à supporter les ri-gueurs de l’hiver. Elle a aussi l’embarras de provisionsà charrier, des vivres pour les hommes et du foin pourles animaux, dont il est essentiel d’entretenir la bonnesanté et la vigueur : faute de bêtes de trait, l’entrepriseéchoue. On attelle ces bœufs à de longs traîneaux, surlesquels on distribue la charge, et l’on chemine pénible-ment, parmi les hautes herbes, les broussailles, les bas-fonds marécageux. Faut-il passer une rivière? On délieles animaux et ils traversent à la nage ; les conducteursse construisent un radeau. Quand toute la bande, hommeset bêtes, a pris pied sur la rive opposée, on reforme lesattelages et l’on se remet en marche.
Dans celte saison, les lacs sont déjà gelés et ils offrentaux voyageurs un plancher commode. Mais il n’est pas rareque la couche de glace, trop mince en certains endroits,se brise sous le poids des bestiaux, et que plusieurs d’entreeux tombent dans le lac. 11 faut alors opérer le sauvetagedes naufragés. Un homme se place près de chaque animalsur le bord de la glace et lui tient la tête élevée au-dessusde l’eau; puis on lui attache un câble autour des cornes