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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

glace d’où elle provient; les pieds et les jambes s’yengourdissent bientôt et sont comme frappés de paralysie :à tout moment, les ouvriers remontent sur les char-pentes, hors de l’eau, et se frictionnent, se battent lesmembres inférieurs pour y ramener la vie et le mou-vement. Enfin tous les bois sont lancés et flottent côte àcôte, en une file continue s’étendant sur une longueurd’un et même de deux kilomètres.

Pendant quelque temps le flottage se poursuit sansencombre, mais voici que surviennent les obstacles. Larivière n’a pas partout la même profondeur. Tout à couple fond se relève, la couche d’eau n’est plus assez épaissepour le passage de ces troncs massifs. 11 n’y a qu’unseul parti à prendre, et l’on se met à l’œuvre ; on con-struit en travers du courant une digue dans le milieu delaquelle s’enchâsse une porte d’écluse. L’eau, ne pouvantplus s'écouler, s’amasse, monte, remplit jusqu’au bordle bassin où l’enferment ses rives et la digue; alors onlui ouvre une issue et elle se précipite impétueusement,emportant tout avec elle : les poutres filent, fuient en sebousculant, comme un troupeau de moutons chassé parl’orage.

Ailleurs le cours d’eau perd ses berges , s’étale surun terrain bas et plat ; il forme une sorte d’étang oùémergent çà et là des bouquets d’arbres, des buissons.Ici les charpentes se débandent, tournoient, vont donnercontre les îlots de verdure et s’y accrochent. Aussitôt lesconducteurs se jettent à l’eau pour aller les dégager uneà une et les rallier. Tantôt ils y ont pied, tantôt ils sontforcés de nager et de se dérober au plus vite devant lessolives au moment où, libres, elles reprennent leurcourse, pour ne pas être heurtés par elles, tués peut-être. Ils ont aussi à craindre la rencontre et le contactblessant des nombreux glaçons épars qu’entraîne lecourant.

Plus loin l’ordre du convoi se trouble de nouveau et il