LES FORÊTS
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faut encore une fois le rétablir, — avec quelles peines ! —quand, le lit de la rivière s’abaissant brusquement d’unevingtaine ou d’une trentaine de pieds et formant unéboulis de rochers presque vertical, les ondes tombenttumultueusement en cascades bouillonnantes : les bois,roulés, culbutés, heurtant les roches, se heurtant entreeux avec un effroyable fracas, s’entassent, s’enchevêtrentau bas de la chute. On n’en viendrait pas à bout, si laviolence des eaux ne contribuait elle-même à débrouillerle chaos quelle a produit.
D’accident en accident on parvient pourtant à sortir deces ruisseaux grossis, au lit variable, au cours capri-cieux, véritables torrents, et l’on débouche dans ungrand fleuve, que l’on ne quittera plus jusqu’à l’arrivée.Dès lors le flottage s’opère plus régulièrement ; on na-vigue sur une vaste nappe d’eau ; on ne sent plus pesersur sa tête la sombre voûte de la forêt; on est sous leciel, dans la lumière, hors du triste isolement du désert,car de plusieurs autres affluents arrivent aussi des trainsde bois avec les hommes qui les conduisent. On s’appelle,on se répond ; des voix retentissent de toutes parts. Bientôttous les trains se rejoignent ; ils voguent les uns derrièreles autres, rapprochés mais sans se confondre, formantune caravane flottante, longue de plusieurs lieues ; oubien ils se réunissent en un radeau unique, immense,que dirige un nombreux équipage, composé des diversestroupes de bûcherons.
Chacune de ces troupes a eu soin de marquer sessolives d’un signe particulier, hiéroglyphes bizarrestaillés sur l’une des faces, ce qui lui permet de lesreconnaître, comme un fermier reconnaît ses bestiaux auchiffre inscrit sur leur flanc.
Ce n’est pas que toutes les difficultés aient disparu, etqu’on n’ait plus qu’à se laisser tranquillement glisser aufil de l’eau. Il se rencontrera des obstacles, des dangers,et ils seront plus grands que jamais, car il ne s’agit