Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
201
JPEG-Download
 

LES FORÊTS

201

antérieure de la digue accidentelle. Il arrive parfoisqu’une simple impulsion suffît pour libérer le train, maisle plus souvent l’emploi d’une grande force est nécessaire.Dans ce dernier cas, le bûcheron fixe l’extrémité d’unelongue corde à un des madriers, et il lance l’autre boutaux gens de l’équipage qui se tiennent en aval sur lagrève; ceux-ci, par des secousses violentes et répétées,tâchent d’entraîner la poutre. Leur compagnon les aideau moyen de son levier. Si le barrage s'ébranle, paraîtvouloir se démonter, vite on enlève l’homme : l'ardeurde ceux qui le tirent, leur crainte de ne pas le soustraireassez tôt au danger, l’exposent à recevoir des contusionssur les pointes des rocs, des égratignures parmi les brous-sailles. On juge parfois nécessaire de couper avec la hachela solive qui forme l’obstacle principal. Lorsque le trainpèse directement sur elle, quelques coups de hache lafont éclater avec un bruit terrible; après quoi toute lamasse part comme un trait. Le bûcheron n’est pas àmoitié de son ascension aérienne, que d’innombrablespoutres défilent sous ses pieds, dans une confusion, dansun tumulte inexprimables. Si par malheur les arêtes, lespointes de la paroi rocheuse usaient et coupaient la corde,il serait inévitablement perdu ; il deviendrait la proie dela mort la plus cruelle, emporté, broyé dans la débâcle.

« Le bruit assourdissant produit par la digue quis’écroule, par les poutres qui se choquent en tourbillon-nant comme des fétus de paille, les craquements de cellesqui se brisent comme de fragiles roseaux, malgré leursdimensions énormes, le grondement des vagues écu-ineuses forment un concert infernal que l’on entend deplusieurs milles. 11 faut voir la joie, l’enthousiasme desbûcherons au milieu de ce tapage; ils sautent, ilsbattent des mains, ils poussent des cris et des hourras 1 . »

1. Forest life and forest trees, by John Springer. (Revue britan-nique, livraisons de janvier et de février 1852.)