Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
202
JPEG-Download
 

202

LES FORÊTS

Enfin cette laborieuse navigation, qui, sans cesseentravée et retardée, a duré deux et même trois mois,touche à sa fin; on voit le fleuve, qui approche deson embouchure, s’élargir de plus en plus; on aperçoitle port de dépôt, terme du voyage. De longs barrages,formés de troncs d'arbres, pareils à des ponts à fleurd’eau auxquels d’énormes caisses de bois, remplies deblocs de pierre, servent de piles, arrêtent et enfermentles trains dans l’enceinte du port. Aussitôt on débardeles charpentes, qui s’alignent et s’empilent sur la rive,pour être livrées aux scieries ; elles en sortent bientôt,les unes coupées seulement en tronçons et conservées àl’état de billes, les autres débitées en madriers et enplanches, et des centaines, des milliers de navires,dont on entrevoit les mâtures à l’horizon, du côté dela mer, vont les emporter pour les distribuer dans tousles ports de l’Atlantique.

Libres enfin, les bûcherons se dispersent, ils re-tournent vers leurs maisons, vers leurs fermes, qu’ilsont quittées depuis huit mois, impatients de revoir leurfamille, à qui ils ont tant de choses à raconter : plusd’une fois ils rediront à leurs enfants ce beau groupe dechênes, les plus grands qu’on ait jamais vus, tombéssous leur cognée, et quelles charpentes magnifiques ilsont fournies; cette bande de loups acharnés à suivrependant une semaine le traîneau, sur lequel l’un d’euxa même osé monter; les empreintes de pieds d’ours, nonpas de l’ours noir, mais du grand ours gris si terrible,découvertes un matin sur la neige autour de l’étable desbœufs; deux oursons avec leur mère trouvés dans letronc d’un gros frêne creux, étourdis par la chute del’arbre et tués sur place à coups de hache, et les maraisd’où l’on a failli ne pas sortir, les torrents, les rapides,plus enragés que les autres années, miraculeusementfranchis.

Mais tous ceux qui étaient partis en automne ne sont