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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

salamandres, se soient donné rendez-vous dans ces re-paires immondes; elles y sont réunies, entassées cominedans une ménagerie; elles glissent, rampent, nagent,plongent, fouillent, se vautrent de toutes parts dans lavase. L’air, chargé de vapeurs lourdes, chaudes, d’odeurstantôt fades, tantôt âcres, vous suffoque; on a le senti-ment qu’on s’imprègne de miasmes dangereux, que c’estla peste et la mort qu’on respire. Le naturaliste amé-ricain Audubon, admirateur enthousiaste de la nature sau-vage, confesse que plus d’une fois, en pénétrant dans cescloaques affreux pour y découvrir le héron bleu, l’anhingaou le grand pic à bes d’ivoire, il a été saisi de dégoût etd’effroi, et que, sans une énergique volonté de poursuivresa tâche d’observateur, il aurait cédé à la tentation des’enfuir.

Un voyageur, M. Poussielgue, qui a visité la Florideen 1851, a décrit d’une façon saisissante une de ces cu-rieuses forêts, désignée dans le pays sous le nom deGrande Cyprièrc, et qui s’étend, en une étroite et longuebande de verdure, sur la rive droite du fleuve Saint-Jean,entre ce fleuve et le rivage de l’Atlantique. «L’aspect dela forêt est des plus étranges, dit-il, et remplit d’étonne-ment ceux qui n’ont pas encore vu ces puissants et bi-zarres végétaux. De loin on dirait une immense plaineverte soutenue par des milliers de colonnes, ou encoreune armée de gigantesques parapluies. Au milieu de lacyprièrc il ne fait pas sombre comme au milieu des boisde Pins ; le feuillage des Cyprès est si délicat, si fin, d'unvert si tendre et il s’étale d’ailleurs à une si grande hau-teur qu’il ne fait qu’amortir, à la manière d’un nuageléger, les rayons du soleil. Jusqu'à vingt pieds de haut,l’arbre est contourné, tordu et toujours creux; cet énormetronc est renforcé par des piliers qui le flanquent circu-lairement et qui forment, dans les intervalles qui les sé-parent, de véritables cavernes ; les racines, semblables àde gigantesques serpents, s’étendent fort loin sous l’eau,