Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
208
JPEG-Download
 

208

IÆS forêts

phore. Ce n’était à vrai dire qu’une purée de détritusvégétaux et animaux. Sur le vieux bois des Cyprès pous-sait une Orchidée, I’Arpophylle épineuse, lugubre para-site à feuilles tournées en cornet, d’où s’échappent des.fleurs livides semblables à de petites têtes de mort etdégageant une odeur cadavérique. Les Cyprès eux-mêmesavaient un aspect souffreteux; leur écorce était galeuse,noire, et se pulvérisait sous les doigts; ils portaient àpeine quelques feuilles, et leurs branches dépouillées deverdure étaient revêtues de longues mousses argentéesqui, pendant en longs festons, se balançaient au-dessusde nos têtes comme d’immenses toiles d’araignée. »

Un autre marais, situé à quelques journées de marchede la Grande Cyprière, offrit à l’auteur de ce récit unspectacle encore plus extraordinaire. C’était un ravinlong et étroit ; une trentaine de mètres tout au plus sé-paraient les deux talus qui l’enserraient ; les arbres quibordaient ces talus confondaient leurs cimes; en outre,d’énormes Aristoloches, enroulées autour de leurs troncset de leurs branches, formaient en s’entrelaçant uneépaisse voûte de feuillage sous laquelle la lumière dujour n’était plus qu’un vague crépuscule. Quand les yeuxse furent habitués à cette obscurité, on aperçut de touscôtés, dans le fond et sur les pentes du ravin, d’innom-brables taches de toutes couleurs, de toutes nuances :ces taches étaient des Champignons. Il y en avait descentaines, des milliers, des myriades ; d’infiniment petits,agrégés en larges plaques, en vastes tapis ; de gigan-tesques, qui en recouvraient plusieurs étages de moyens,sous lesquels s’abritait une multitude d’espèces naines.Cet endroit était proprement le royaume des Champignons.

Une insupportable odeur de putréfaction vous prenaità la gorge. La moisissure était partout. Les mares d'eaustagnante et croupie étaient couvertes d’une sorte d’huileverdâtre qui, à la moindre agitation, se moirait de re-flets violets. Le sol même était enduit d’une efflores-