Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
229
JPEG-Download
 

LES FORÊTS

229

poids redoutable d'un boulet de canon ; le Quebracho,qui s’enveloppe de ses longs rameaux tombants, commele saule pleureur; le Lapacho, au vaste feuillage toutconstellé de fleurs violettes ; le majestueux Araucariadont les branches, enveloppées de feuilles imbriquées,écailleuses et d’apparence métallique, se recourbentcomme les bras d’un immense candélabre.

Tous ces arbres, et bien d’autres encore qu’il fautrenoncer à nommer, ont beau se presser les uns contreles autres, ils laissent entre eux des intervalles dans les-quels s’insinuent des Lianes grimpantes, les Paullinia,les Banisteria, les Bignonia , véritables serpents végé-taux, s’enroulant autour des troncs, se repliant et setordant sur eux-mêmes, et une foule de plantes para-sites, telles que les Orchidées épiphytes, qui, ne trouvantplus de place sur le sol, s’en passent et s’implantentsur toutes les écorces, à toutes les hauteurs, comblanttous les vides. L’accumulation et l’enchevêtrement desfeuilles, des fleurs et des tiges sont tels qu’il est presqueimpossible de reconnaître à quelles tiges appartiennentles fleurs et les feuilles, et un seul arbre, avec sa richeparure de parasites et de Lianes, porte un plus grandnombre d’espèces végétales qu’on n’en trouverait, dansla zone tempérée, sur une grande étendue de terrain.

Ces agglomérations compactes de plantes de toutetaille et de toute forme constituent des forêts immensesqui couvrent tout le bassin de l’Orénoque et celui del’Amazone, c’est-à-dire la moitié de l’Amérique méri-dionale. Il n’existe pas sur la surface de la terre unerégion boisée aussi vaste. Ces forêts vierges ne sontpercées d’aucune route ; l’explorateur est forcé de s’youvrir un passage avec la hache; il n’existe, pour lestraverser, d’autres chemins que les nombreuses rivières,grandes ou petites, qui serpentent au milieu de leurs épaismassifs. 11 est, dit un voyageur, des villages isolés, ha-bités par des missionnaires, distants de quelques milles