LES FORÊTS
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de larges gouttes, en pluie dense et continue, sur levoyageur et son escorte, dont les habits furent bientôttraversés. De nombreux étages de rameaux superposésinterceptaient la lumière du jour; on ne savait si le so-leil brillait ou si le ciel était couvert de nuages. Par mo-ments l’obscurité était si profonde que M. Stanley écri-vait ses notes de voyage sans pouvoir les lire. Le solétait un terreau noirâtre, mou, détrempé, sur un fondd’argile imperméable; à chaque pas, l’eau rejaillissaitsous la pression du pied et éclaboussait les marcheurs.Les plantes mêmes ne trouvaient pas dans cette boue unsupport solide; on n’avait qu'à tirer sur un arbuste pourle déraciner ; les grands arbres n’étaient pas parvenus à s’yimplanter profondément ; on voyait leurs racines courir,à moitié découvertes, à la surface du sol; ils semblaientne se tenir debout qu’en raison de la largeur de leurbase; la terre leur servait d’appui, mais ne les retenaitpas : le moindre coup de vent les aurait sans doute ren-versés, mais le vent ne pénétrait jamais dans ces cloîtresombreux; la tempête mugissait peut-être au dehors, uncalme absolu n'en régnait pas moins dans les profon-deurs de cet océan de verdure. Une atmosphère humide,chaude, étouffante comme celle d’une étuve, enveloppaitles voyageurs; une épaisse vapeur montait visiblementdu sol et formait un nuage au-dessus de leurs têtes; lematin, la buée était si compacte qu’on distinguait à peinele feuillage des arbres environnants. On dut fréquem-ment descendre des talus escarpés, encombrés d’unevégétation plus dense encore, passer des ruisseaux, mêmedes rivières, et gravir presque à pic la berge opposée.Les hommes de l’escorte, qui avaient à porter de lourdsfardeaux, étaient exténués, découragés ; une fois ils mirentun jour entier pour faire une étape de six milles, tantles difficultés de la marche étaient grandes. « Certes,dit M. Stanley, nous avions vu des forêts auparavant,mais celle-ci devait faire époque dans noire existence,