LES FORÊTS
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souvenir d'une amertume à ne jamais oublier. Tout mettait le comble à nos misères, l’obscurité continuelle,l’humidité pénétrante, l’insalubrité de l’atmosphère, lamonotomie de la scène : toujours des branches enlacées,des amas de feuillage, toujours de hautes tiges d’arbress’élançant d’une jungle éternelle où nous avions à fairenotre trouée, souvent en rampant sur les mains et surles genoux 1 . » M. Stanley et la troupe qui l’escortait nemirent pas moins de 14 jours, — du 6 au 19 novembre1876, — à franchir cette sinistre forêt.
M. Trémeaux ne se trouva pas dans une situation moinsdifficile, lorsqu’au sortir d’un bois, où il pouvait se mou-voir sans trop de peine, la voûte de verdure ayant dequatre à cinq mètres de hauteur, il dut s’engager, pourregagner le Nil Bleu, où sa barque l’attendait, dans unépais fourré de Tamariniers, de grandsjoncs et de hautesherbes. 11 était comme enseveli au milieu de ces masses vé-gétales. Bientôt il lui fut aussi impossible d’avancer que dereculer ; les touffes d’herbes et de joncs se refermaient surlui-et l’emprisonnaient. N’apercevant ni le ciel ni la terre,ni aucun espace vide autour de lui, il ne reconnaissaitplus par où il était venu et ne savait dans quelle direc-tion il devait s’ouvrir une issue. Sa fatigue, son troubleétaient extrêmes. 11 désespérait de sortir de ce labyrinthe.Enfin il rencontra plusieurs coulées pratiquées par lesanimaux. Ces coulées se croisaient, formaient à leurspoints de réunion de petits carrefours, puis se divisaientde nouveau et se. perdaient dans l’épaisseur des herbages.Elles avaient tout au plus 86 ou 90 centimètres de hau-teur. Le voyageur pénétra dans ces étroits tunnels, où ilétait forcé de se tenir ployé en deux, frôlant de son dosla voûte de la trouée, obligé souvent de se baisser davan-tage encore et de marcher à la façon des habitants de la
1. Henri Stanley, A travers le continent mystérieux. Librairie lia-chelte, 1879.