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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

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L’amour des bois est un sentiment universel ; il n’apas été inconnu des anciens, même de ces Romains quel’on se représente comme toujours plongés dans la mêléedes affaires civiles ou guerrières. Cicéron, réfugié loindu tumulte de Rome dans une de ses villas, écrit à At-ticus avec un soupir de délivrance : « Ici je suis libre,personne ne me dérange. Je vais dès le matin mecacher dans un bois épais et sauvage et je n’en sorspas avant le soir. Je n’ai de commerce qu’avec moi-même et avec les lettres. » C’est là qu’oubliant les dé-bats poignants de la tribune, les âcres ivresses et lesblessures cuisantes de l’amour-propre, il s’élevait dansles sereines régions de la philosophie et méditait surla divinité, sur l’immortalité de lame, sur les devoirsdes hommes, les douceurs et les obligations de l’ami-tié, les loisirs noblement occupés d’une heureusevieillesse.

Virgile est par excellence, dans l’antiquité, le poèteami des bois et des arbres. Lui seul peut-être est unesprit contemplatif, un rêveur. Dans ses. Bucoliques etses Géorgiques, ses poèmes favoris, ceux où il a le plusmis de lui-même, il nous parle à ehaque page de sesarbres bien-aimés, qu’il connaît comme un botaniste,qu’il prend plaisir à nommer et à dépeindre : ce ne sontque Cytises en fleur, Saules au feuillage pâle, Hêtrestouffus à l’ombrage opaque, Cyprès élancés sur lesquelsroucoulent d’une voix rauque les Ramiers, Ormes à lacime aérienne où gémissent les Tourterelles. C’est lui-même qui parle lorsqu’il fait dire à ses bergers imagi-naires : « Nobis placeant ante omnta silvœ; nous autres,aimons par-dessus tout les bois. » Tityre, Ménalque,Corydon, ces pasteurs qui passent leur vie couchés surle gazon au pied des arbres, plus occupés de la contem-plation du paysage et de leurs joutes poétiques que dusoin de leurs troupeaux, c’est Virgile lui-même. — Heu-reux les habitants des campagnes! s’écrie-t-il; ils

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