LA HEUXIÈMK ÉTAPE UE LA RETRAITE. 211
A l’heure même où les généraux D astuguc et Minotse faisaient prendre à Sombacourt, le général Thorn-
général donna l’ordre presque incroyable d’abandonner ces deuxbatteries, si elles devaient retarder la marche de l'infanterie. Labatterie de 12 éprouvant quelques difficultés, par suite de l’étatboueux des chemins, le capitaine qui la commandait exécuta aupied de la lettre l’ordre du général de brigade, fit couper les traits,laissa son matériel dans la boue et s’en alla avec les attelages. Labatterie de 4 qui le suivait s’engagea sous bois et parvint à rega-gner le corps d'armée.
«Envoyant arriver la batterie sans ses pièces, le général de Bloisentra dans une violente colère et ordonna au capitaine d’aller,coûte que coûte, chercher son matériel, sous la protection d’unrégiment de cuirassiers... Un fait singulier démontra la facilitéavec laquelle il aurait pu ramener sa batterie : un maréchal deslogis de lanciers et un sergent de zouaves revenant par la forêtavaient ramené à bras une des six pièces abandonnées et avaientpu la reconduire jusqu'au bivouac de la division.
« Quant au général de brigade qui était responsable de l’accidentpar suite de l’ordre qu’il avait donné, ordre non seulement con-traire aux vrais principes de la guerre, mais encore intempestif enlui-même, car aucune troupe ne barrait à la colonne la route d'Or-léans, on demanda en vain qu’il fût traduit devant un conseil d'en-quête et plus tard, s’il y avait lieu, devant un conseil de guerre,•le ne sais trop pour quelles raisons cette demande, très nettement,formulée et fortement motivée, fut rejetée presque sans examen,ou plutût je ne peux pas trop approfondir cette question qui serattache à des rivalités d'armes et à des camaraderies d’école. »Paris, Tours , Bordeaux, p. 173.
On peut s étonner qu’un général chargé de pareils antécédentsait été maintenu. C’est une réponse à ceux qui accusent Gambettade procédés trop révolutionnaires. L’expérience a prouvé queGambetta n’avait au contraire pas assez généralisé les sévéritésqu’il a si justement déployées contre les Aurelle, les Reyau, lesMartin des Pallières.ll est équitable de rappeler que ce général Minotétait un prisonnier de guerre évadé, ce qui prouve que les inten-tions patriotiques ne lui manquaient pas au début. C’est le moralqui faisait défaut : à cette situation nouvelle, c’était trop souventla vieille école qui fournissait son vieux personnel.