L’ENTRÉE EN SUISSE. 229
mistice. Il avait d’abord défendu de l’afficher. Lascène est racontée par le sous-préfet de Pontarlier (1) :
« Un instant après, toute réflexion faite, le généralnous envoyait dire que nous pouvions publier ladépêche. Les soldats qui encombraient les ruesaccueillirent cette nouvelle d’une trêve avec lesmarques de la plus visible satisfaction. Ils se pres-saient pour lire le télégramme à la porte de la mai-rie et le commentaient tout haut, s’applaudissant,de voir enfin un terme prochain à leurs souffrances.Mais, tout à coup surviennent des officiers qui arra-chent l’affiche, enlèvent le falot qui éclaire et donnentordre aux soldats de se porter en avant de la ville.En même temps, la générale fait entendre son lu-gubre rappel. Mais les soldats, forts de l’affichequ’ils avaient lue ou dont on leur avait rapporté lestermes, refusent d’obéir. Les scènes de la plus dé-plorable indiscipline se produisent partout ( 2 ). »
(1) M. Charles Beauquier, alors sous-préfet de Pontarlier, — depuisdéputé du Doubs.
(2) C’est une question d'honneur national : il faut donc y insis-ter et montrer la fides (jermanica. Un chef français, du premiercoup, sans réfléchir, aurait répondu aux parlementaires : « L’armis-tice est inapplicable à notre région : voici la dépêche qui m’euinforme. »
Les Allemands — qui font étalage do chevalerie en renvoyant àdes soldats internés mille fusils dont ils ne peuvent plus se servir,— ont conservé avec un soin jaloux les positions que nous leuravions livrées sans combat « par suite de suppositions erronées ».Suppositions erronées qu’ils se gardaient bien de dissiper par uneexplication précise. L’odyssée du colonel de l’Espée est caractéris-tique. Envoyé de Pontarlier le 1 er février par le général Billot pour