PREMIÈRE CAMPAGNE DE L’EST. 425
qu’il jugeait impossible de soutenir la lutte plus long-temps* *.
Le commandant Regad, chef de la gendarmerie de laCôte-d’Or, prenait alors le commandement.
Cependant, les Allemands rencontraient dans la villeune résistance acharnée ; redoutant de s’exposer ainsi àdes pertes considérables et peu soucieux de continuer pluslongtemps un combat de rues que leur artillerie rendaitd’ailleurs inutile, ils évacuaient le terrain conquis. Ilsdonnaient à leur feu une intensité plus considérable etincendiaient une partie des faubourgs. En même temps,et dans le but de couper toute retraite rapide aux défen-
1. Combat de Dijon (30 octobre 70). Mort dn colonel Fauconnet. Récit duD' Laguerre, chirurgien de Panibuiance des Capucins et aide-major du 2 e ba-taillon de la garde nationale sédentaire de Dijon.
Arrivée à l’ambulance du colonel Fauconnet.
« A 3 heures environ, par l’une des fenêtres de l’aile de l’ouest, je vis ap-« porter le colonel sur un brancard improvisé fait avec des fusils de munition.
“ Un officier des francs-tireurs de Saône-et-Loire accompagnait les soldats de“ la ligne qui nous apportaient le colonel. Il a dû être frappé non loin de la ,« barrière de Pouilly, où je l’avais vu quelques instants auparavant.
« Pâle et couvert d’une sueur froide, le colonel parlait péniblement. J’ai les« reins cassés, me disait-il. Je coupai son uniforme avec les ciseaux et j’aidai« à le coucher. Une balle était entrée au niveau de la région sacro-lombaire du■ côté droit et non loin de l’ombilic. Je constatai le trou de sortie. — « Je11 suis mort », dit-il, en voyant cette blessure; couvrez-moi, j’ai froid, laissez-
“ m °i dormir. La blessure était mortelle, en effet. Je fis un pansement ra-
11 pide, essayai de le rassurer et, sur ses insistances, lui fis donner quelques
* gouttes de laudanum. Quelques instants plus tard, ne pouvant trouver le“ repos qu’il cherchait, il lit écrire à sa famille par l’abbé Drouhin : « Ma11 chère femme, mes chers enfants, je vous embrasse de tout mon cœur, je“ vais bientôt mourir, j’ai fait mon devoir. » Puis, il dit à l’abbé : « La résis-11 tance est inutile, on n’empêchera pas l’ennemi d’entrer ; faites-le dire aux» autorités de la ville.
“ A 4 heures 1/2, le commandant de gendarmerie, en tenue civile, vint voir“ le colonel; je lui remis ses bijoux et son argent. « Votre rôle militaire est" term iné, me dit-il, j’en ai averti les autorités. »
Le colonel expirait à 10 heures.