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HÉKICOUKT, LA CLUSE.
point, si important pour la sûreté des communications deBourbaki, était alors gardé par cent hommes seulement 1 et lecolonel de francs-tireurs Bombonnel réclamait inutilementdes renforts pour sa défense. Bordone lui faisait savoir qu’ilétait à Gray pour éclairer et non pour se défendre. Gari-baldi était lui-même fortement menacé sur sa gauche, sonfront et sa droite. S’il avait besoin de renforts, c’est à Bour-baki ou au général le plus proche qu’il devrait s’adresser 2 .Vis-à-vis de la Délégation, Bordone tenait le même langage.Il ne pouvait comprendre, disait-il, comment l’armée del’Est ne songeait pas à défendre elle-même ces positions. Ildéplorait que la ligne de Clialon à Dole ne fût pas encorelivrée à la circulation, pour parer à l’interruption prochainede celle d’Auxonne à Gray. L’heure de ces récriminationsétait singulièrement choisie.
Sur les entrefaites, la Délégation apprenait la présence del’ennemi près de Gray. Ce fait brutal, rapproché des asser-tions rassurantes prodiguées par Bordone, ne fut pas sanssurprendre M. de Freycinet. Il manifesta aussitôt son éton-nement, mais avec des ménagements infinis : « Ce fait nousétonne et nous inquiète. Comment peut-il se faire que l’en-nemi ose se montrer dans le voisinage de votre brave armée?Est-ce que la vigilance du général Bordone sommeillerait?Nous ne pouvons le croire. Nous vous prions de nous rassu-rer bien vite et de nous dire si nous devons faire garderGray par des forces distinctes des vôtres 3 . »
A ces reproches si bien voilés, Bordone trouvait une ré-ponse facile : « Gray n’a jamais été menacé ; ce n’est pasl’objectif de l’ennemi, et sa possession ne compromettrait enrien les approvisionnements de l’armée de Bourbaki. C’est
1. Télégramme de Bombonnel au général Pellissier, 16 janvier, 8 h 10 du soir.
2. Bordone, p. 317 et suiv. Gray n’étant relié par voie ferrée qu’à Dijon,cette recommandation touchait do près au comique.
Un peu plus loin, p. 31 9, Bordone se targue d’avoir occupé devant Dijonune force d’au moins 05,000 hommes « qui ne pouvait ni se porter sur les der-rières de l’armée de la Loire...., ni aller dans l’Est, et encore moins sur
Autun...... Avec sa modestie ordinaire, Bordone fait plus que décupler les
effectifs que l’ennemi montra devant Dijon.
3. Télégramme du 17 janvier, 5 h 25 du soir, M. de Freycinet à Garibaldi.