Buch 
Campagne de l'Est en 1870-1871 / Pierre Lehautcourt
Entstehung
Seite
26
JPEG-Download
 

26

HÉKICOUKT, LA CLUSE.

point, si important pour la sûreté des communications deBourbaki, était alors gardé par cent hommes seulement 1 et lecolonel de francs-tireurs Bombonnel réclamait inutilementdes renforts pour sa défense. Bordone lui faisait savoir quilétait à Gray pour éclairer et non pour se défendre. Gari-baldi était lui-même fortement menacé sur sa gauche, sonfront et sa droite. Sil avait besoin de renforts, cest à Bour-baki ou au général le plus proche quil devrait sadresser 2 .Vis-à-vis de la Délégation, Bordone tenait le même langage.Il ne pouvait comprendre, disait-il, comment larmée delEst ne songeait pas à défendre elle-même ces positions. Ildéplorait que la ligne de Clialon à Dole ne fût pas encorelivrée à la circulation, pour parer à linterruption prochainede celle dAuxonne à Gray. Lheure de ces récriminationsétait singulièrement choisie.

Sur les entrefaites, la Délégation apprenait la présence delennemi près de Gray. Ce fait brutal, rapproché des asser-tions rassurantes prodiguées par Bordone, ne fut pas sanssurprendre M. de Freycinet. Il manifesta aussitôt son éton-nement, mais avec des ménagements infinis : « Ce fait nousétonne et nous inquiète. Comment peut-il se faire que len-nemi ose se montrer dans le voisinage de votre brave armée?Est-ce que la vigilance du général Bordone sommeillerait?Nous ne pouvons le croire. Nous vous prions de nous rassu-rer bien vite et de nous dire si nous devons faire garderGray par des forces distinctes des vôtres 3 . »

A ces reproches si bien voilés, Bordone trouvait une ré-ponse facile : « Gray na jamais été menacé ; ce nest paslobjectif de lennemi, et sa possession ne compromettrait enrien les approvisionnements de larmée de Bourbaki. Cest

1. Télégramme de Bombonnel au général Pellissier, 16 janvier, 8 h 10 du soir.

2. Bordone, p. 317 et suiv. Gray nétant relié par voie ferrée quà Dijon,cette recommandation touchait do près au comique.

Un peu plus loin, p. 31 9, Bordone se targue davoir occupé devant Dijonune force dau moins 05,000 hommes « qui ne pouvait ni se porter sur les der-rières de larmée de la Loire...., ni aller dans lEst, et encore moins sur

Autun...... Avec sa modestie ordinaire, Bordone fait plus que décupler les

effectifs que lennemi montra devant Dijon.

3. Télégramme du 17 janvier, 5 h 25 du soir, M. de Freycinet à Garibaldi.