Comédie
Françoiíe
CHAPITRE I V.
Description des Bâûmens & du The'âtre de la Come'dìe Françoise - rue des
Doses St. Germain des Fres .
C E que THistoke nous apprend fur la grandeur â la magnificence des Théâtresdes anciens, les vestiges qui nous restent encore de plusieurs de ces monumens,â les Théâtres qui depuis fe font élevés en Italie, tels que ceux de Tordinona 3 ct Ar-gentine, d’Ahberti à Rome ; celui de Y Académie Philharmonique à Veronne ; celui deSt.ChryfoJlome Sc celui de St. Samuel à Venise ; le Théâtre de Parme , par le CavalierBernin ; celui de Vicence , par Palladio ; celui de Turin ; celui de Milan, Sc enfincelui de Reggio dans le Modenois, fans parler de ceux quon volt en Angleterre,en Allemagne Sc ailleurs , fembleroient devoir nous dispenser de donner la descrip-tion cFaucun de nos Théâtres en France , sçachant bien que ce ne st point par cegenre cfiédifices que notre Architecture Françoise mérite quelque estime. Cepen-dant comme ce recueil doit comprendre , suivant le Prospeâus que nous en avonspublié, un des monumens de chaque eípece de ceux qui font élevés dans cetteCapitale Sc dans ses environs, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser dans lenombre des bâtimens que nous avons à Paris dans ce genre, tel que celui de laComédie Italienne ( a ), la? Comédie Françoise (V), ct de l’Opéra (V) , ainsi que les
(a) Le Théâtre aujourd’hui nommé la Comédie Ita-lienne, est le premier stable qu’il y ait eu à Paris; lesbâtimens furent élevés fur le terrain de l’Hôtel de Bour-gogne dont il porte encore le nom , situé rue Mauconseil& près des murs de la Ville, que Philippe Auguste avoirfait bâtir. François I par son Edit du 20 de Septembrel yqz , ordonna la vente à rente de cet Hôtel, ainsi quede celui d’Artois qui lui étoit contigu : une partie de ceterrain fut acheté par Jean Bouvet bourgeois de Paris ,qui le 30 Août iyq-8 le céda aux confrères de la Pas-sion ; ils y firent bâtir une salle & des dépendances pourV représenter leurs spectacles, les seuls permis alors à Pa-ris, & qui ne furent abolis qu’en 1676 par un Edit dela Cour enregistré au Parlement le q. Février 1677, quisupprima cette Confrérie de la Paillon, & unit íes bâti-mens & íes revenus à ceux de l’Hôpital, & c’est à ce titreque lesComédiensItaliensluipayent le loyer deleur Hôtel.
II faut observer que les Comédiens Italiens n’ont com-mencé à représenter leurs pieces fur ce Théâtre que versj 680 , ce qu’ils ont continué jufqu’en 1697 , que ceSpectacle fut interrompu par les ordres du Roi, & ce nefut que le premier Juin 1716 qu’ils furent rétablis fousla protection de Mr. le Duc d’Orléans, Régent du Royau-me , après la mort duquel Sa Majesté en fit ses Comé-diens , & il leur fut permis de mettre fur la porte de l’Hô-tel de Bourgogne une inscription conçue en ces termes :Hôte 1 des Comédiens Italiens ordinaires du Roi , entre-tenus far Sa Majesté , rétablis à Paris en Vannée 17 16.
(st) Les différentes Troupes des Comédiens Françoisayant été réunies en une feule, ils s’établirent dans unjeu de paume rue Mazarìne, où ils jouèrent jufqu’en 1687,mais comme cet;e salle de Spectacle nuifoit au concoursdu College Mazarin qui venoit d’être bâti, le Roi or-donna aux Comédiens de chercher à Paris un lieu pro-pre à leurs Repréíentations, & ils acheterent en 1687deux maisons rue des Petits Champs. Etant encore surve-nu des difficultés touchant cette acquisition & plusieursautres, il leur fut donné ordre d’acheter le jeu de paumede l’Etoile situé dans la rue des Fossés St. Germain desPrés, ce qu’ils firent avec une maison qui étoit à côté,lesquels ensemble leur coûterent 72000 livres ; c’est làqu’ils firent bâtir la salle qu’on volt aujourd’hui ; on assu-
re que ce bâtiment, les machines, &c, auffi bien queles Irais de l’acquisition du terrain ont coûté cent quatre-vingt-dix-huit mille quatre cens trente-trois livres 1 y sols.On divisa cette somme en vingt-trois parts suivant l’étatqui en fut arrêté, & ceux des Comédiens qui ont une partentiere dans la recette entrent auffi pour une part dansla dépense ; ceux qui n’ont qu’une demie part ou un quartde part, à proportion. Nous donnerons la description decetre salle de Spectacle dans son lieu.
(c) Le Théâtre de l’Opera íut construit au PalaisRoyal par ordre du Cardinal de Richelieu, qui ayantun goût décidé pour la Poésie Dramatique, y fit cons-truire deux salles de Spectacle, l’une pour contenir en-viron 600 personnes, l’autre pour en contenir près de3000 ; celle-ci est le Théâtre dont nous parlons, quiavant 1673 ou environ servoit aux Comédiens Italiens &à la Troupe de Molière pour jouer la Comédie , maisdepuis cette année elle a servi fans diseontinuation auxreprésentations des Opéra , nom qu’on a donné aux Poè-mes Dramatiques mis en musique, accompagnés de dan-ses , simphonie & machines. Ce genre de Spectacle a letitre d’Académie Royale de Musique , & la professiondes Acteurs ne leur fait point déroger aux titres de No-blesse , non plus que les Comédiens du Roi, dont nousvenons de parler, ainsi qu’il fut décidé par un Arrêtdu Conseil rendu à St. Germain en Laye le 10 Septem-bre i 6 8 8 en faveur de J0fias de Soûlas, Ecuyer Sieur deFloridor , Comédien de Sa Majesté.
Depuis que l’Opera a pris naissance, il y a toujourseu un Directeur chargé de la recette & de la dépense, àses frais, sous l’administration de quelque personne du pre-mier ordre, ( c’est aujourd'hui Mr. d’Argenson ) de ma-niéré que les Acteurs de ce Spectacle sont apointés parle Directeur, mais comme cette entreprise est sort consi-dérable , & que peu de particuliers sont en état de s’encharger , en 17 y o le Roi a donné cette direction au Pré-vôt des Marchands, & c’est à présent le Bureau de l’Hô-tel de Ville de Paris qui fait Ies dépenses nécessaires pourl’entretien de ce Spectacle , & qui en fait la recette.
Avant que Mr. d’Argenson fut protecteur de ce Spec-tacle , c’étoit Mr. le Prince de Carignan qui avoir éténommé par Sa Majesté. Ce Prince de son teins avoir pro-