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3 (1754) La description des principaux Edifices des Quartiers Saint Denis, Montmartre, du Palais Royal & Saint Honoré
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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. Y.

Le Mercier ( comme beaucoup l’ont pensé ) «savoir donné une íl grande Fauteurà ces socles, il étoit prudent au contraire d’en user ainsi ; autrement ces partiesaccessoires auroient masqué les bases Sc une partie du fût inférieur des pilastres.Pour remedier à ce défaut actuel, il auroit fallu, lors de la réparation totale dece monument, convertir ces socles en piédestaux ; alors on auroit tenu camus lesprofils des corniches Sc des bases pour ne pas trop prendre fur la largeur de lanef, Sc pour satisfaire à la largeur des piédroits qui auroient reçu le retour deces profils.

Les arcades placées entre les pilastres font d’une belle proportion, Sc décoréesau-dessus des archivoltes, de trophées dans la nef & de Figures dans le chœur,le tout d’une aíïèz belle exécution ; mais nous observerons que cette richesse esttrop recherchée pour la simplicité de i’Ordre, Sc qu’en général il y a trop de sculp-ture dans cette Eglise , que d’aiileurs elle n’est pas d’un choix aíïez réservé , Sc qu’el-le tient trop de la décoration de nos bâtimens civils. On doit chercher dans lesornemens des édifices sacrés des formes simples & nobles, des íujets graves, debelles maílès Sc de grandes parties. Le Val-de-Grace est fort orné, peut-être mêmeun peu trop ; mais cette ricsiestê dont les allégories font rélatives au sujet, plaît & in-vite à la méditation. Tout y est grand, noble, majestueux : ici au contraire les or-nemens font frivoles : nos vestibules, nos salions, nos escaliers en pierre font trai-tés de la même maniéré, il n’y a de différence que les symboles, encore danscette Eglise ont-ils besoin d’un examen réfléchi pour y être rerparqués. Ce sont lessymboles qui doivent imposer dans un Temple , les parties de détail ne sont faites quepour les Connoisseurs, Sc toutes les fois qu’on négligera la majesté dans les mas-ses , n’esperons pas , quelque profusion dont on faste étalage, qu’une décorationpuisse s’attirer ie suffrage des personnes sensées. Nous l’avons dit plus d’une fois ,les ornemens doivent être employés avec ménagement dans les Temples , il seroitmême à souhaiter qu’on rétranchât la plus grande partie des tableaux dont ondécore le Sanctuaire Sc les nefs Qì) ; l’admiration que causent aux gens de goûtces merveilles de i’Art, nuit souvent à la décence dûe à un lieu Saint. Ces cu-riosités devroient être placées dans les sacristies de nos Paroisses, dans les cloîtresdes Réligieux, Sc c. Sc la peinture devroit être réservée pour les voûtes des dô-mes Sc pour les Autels de nos Chapelles. Nous pensons de même des tombeaux :quelques bien exécutés qu’ils soient, ils devroient être mis dans les charniers de nosEglises Paroissiales, parce qu’attirant naturellement la curiosité des Amateurs detoutes les Nations , nos Temples qui renferment le plus de ces chef-d’œuvres, sontfréquentés avec quelque sorte d’indécence, Sc qu’on s’éloigne par une admirationsouvent involontaire du respect dû à la demeure du Saint des Saints. D’aiileursil faut observer que pour mettre dans tout leur jour ces merveilles de i’Art, l’ontombe insensiblement dans le défaut de procurer trop de lumière à nos Eglises, con-tre l’usage constant des premiers siécles, où elles étoient pour la plûpart peu éclai-rées. Trop d’obscurité à la vérité est nuisible, mais trop de lumière dans un Tem-

(Jì) II est vrai que dans la primitive Eglise les Chré-tiens ont fait usage de tableaux dans leurs Temples. Eu-sebe dit qu’on y représentoit par des sujets coloriés Fhisetoire des Martirs qui reposoient dans chaque Eglise &celles de Tancien & du nouveau Testament. Prudence& Aficrius confirment ce fait ; mais il faut observer queces peintures étoient faites pour les ignorans à qui ellestenoient lieu de livres , ainsi que le remarque GrégoireII. en écrivant à FEmpereur Léon, Auteur des Icono-clastes. Les hommes <Ùr les femmes, lui dit-il, tenant en-tre leurs bras les petits erìfans nouveaux baptiss leurmontrent du doigt les histoires , ou aux jeunes gens , ouaux Gentils étrangers, ainsi ils les édifient, & élèvent

leurs esprits & leurs coeurs à Dieu . Mais aujourd’huique nous sommes plus instruits, & que F Art de la Pein-ture est devenu plus séduisant, il semble qu’on en de-vroit user avec plus de retenue , ses sujets coloriés d’aii-leurs faisant presque toujours un mauvais efset dans desmonumens construits tout en pierre, à la place desquelson devroit employer la sculpture. On peut facilement fai-re la comparaison de l’un à Fautre par les tableaux placésdans les panaches du dôme des Invalides, ou par les bas-reliefs placés dans ceux du dôme du Val-de Grâce : onne parle point ici de Fabus qu’on a fait de la Peinture, dela menuiserie & de la dorure dans la décoration du Sanc-tuaire de l’Eglise de S. Jean en Grève & ailleurs.