ARCHITECTURE FRANÇOISE. Liv. VI. g ;
mens & dans l’art de concilier ensemble la décoration extérieure avec la distribu-tion des dedans du Bâtiment, & ces deux parties avec la construction.
Il est certain néanmoins qu’on a dû se trouver embarrassé pour élever un troisièmeOrdre sur cette façade , en supposant qu’il eût paru indispensable ; car celui du rez-de-chaussée étant Corinthien, & celui du premier étage Composite , il falloit né-cessairement , ou répéter le Composite dans l’étage supérieur , ou imaginer un nou-vel Ordre, toujours préférable à des Cariatides ; mais, comme nous venons de le re-marquer , un chapiteau symbolique ne caractérise point l’Ordre. Il auroit fallu une or-donnance dont les rapports de hauteur fussent a celle de dessous, comme 9 est à 10 ; cequi ne íè pouvoit que n surmontant l’un íur 1 autre les trois Ordres Grecs, comme onle remarque au Château de Maisons ; mais cela ne pouvoit lé pratiquer au Louvre, cetEdifice ayant originairement commencé par 1 Ordre délicat , & ne devant avoirqu’un second étage couronné d’un Attique, ainsi qu il a été exécuté dans la plusgrande partie de cette cour, fur les desseins de Pierre Lescot , qui néanmoins auroitdû placer l’Ordre Composite au rez-de-chauíîee & le Corinthien au-dessus, commel’expression la plus délicate & 1 Ordre le plus parfait qu’il soit possible de mettreen œuvre dans la partie supérieure d un Edifice.
Tant d’obstacles, & la nécessité d’éviter les combles & de masquer la hauteur ex-térieure du péristile ôc de la façade du cote de la riviere, íont sans doute la source del’irréíolution ou l'on íè trouve aujourd hui sur les moyens d’achever cet Edifice.Nous n’avons pas dessein de prononcer a cet égard; 1 Académie d'Architecture con-sultée tant de fois, & dont les lumières en général peuvent faire loi, doit nous retenirici íur notre maniéré de penser. Nous hazarderons feulement de remarquer que tantd’incertitude nous prive de l’entiere perfection d’un monument qui peut íèul hono-rer la Nation Françoise, & que, dût-on répéter un second Ordre Composite ouFrançois, il n'importe, s agissant de l’esset général, & non des parties , le troi-sième Ordre continu pourroit être préféré , & que l’on feroit peut-être bien dedétruire les cariatydes & le dôme dune pésanteur extravagante qui íe remarquedans le milieu de la façade oppoíée à celle dont nous parlons. Tant d’inégalités dansles hauteurs de ces façades présentent en effet une décoration dont les parties ne pa-rodient pas faites pour le tout, & où l’on remarque visiblement que , malgré lesbeautés de détail qui donnent de la célébrité à ce monument, tout cet Edifice aété fait â plusieurs reprises , & conduit par divers Architectes qui différant de doc-trine, ont moins cherché â faire un beau tout d après ce qui étoit commencé, qu’àlaisser des traces de leur opinion particulière , aux dépens de l’accord générai ; ac-cord qu’on doit cependant regarder comme la premiere de toutes les considéra-tions , ôc qui doit nécessairement conduire à fa fin toutes les entreprises importantes,soit que l’Edifice se construise à neuf, soit même qu’il ne s’agisse que de la restau-ration d’un Bâtiment un peu considérable. ^ ^
Nous avons déja observé que l’Ordre du rez-de-chaussée auroit dû être plus vi-ril , comme la base & le soutien de toute la façade. Certainement l’Ordre Corin-thien qu’on y remarque semble déplacé , produisant une ordonnance incapablede porter tout Ordre plus solide en apparence, & particulièrement deux étages ré-guliers ; ce défaut néanmoins est racheté par la beauté de l’exécution , par la per-fection des membres d’Architecture & par le choix des ornemens. Cependant nousremarquerons que les colonnes jumelles pratiquées dans les angles A A , font autantde défauts condamnables, quoiqu’elles aient été imitées â la Place de Vendôme avecaussi peu de succès : ces colonnes ne font pas plus tolérables que les ovales, & quela plus grande partie des autres licences dont nous avons parlé dans notre Introduc-tion, premier Volume ; mais comme nous ne nous proposons pas de faire ici la cri-Tome IJf. ss-
Château iuLouvre.
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