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pouvoir subsister ensemble, et il est permis dedouter que si les jours du danger revenaient, lemorgenstern pût protéger le métier à tisser, commejadis il protégea les foyers du pâtre. Où sont dé-sormais les bras qui brandissaient ces armes libé-ratrices? Où sont les coeurs dont ils recevaient lanoble impulsion? Ce n’est point dans les manufac-tures qu’on pourrait les retrouver. S’il en existeencore, c’est aux lieux qui furent le berceau del’indépendance helvétique qu’il faut aller les cher-cher; c’est au fond de ces vallées reculées, et ar-riérées de plusieurs siècles , où les moeurs antiquesse sont conservées pures, et où n’ont point encorepénétré , avec les maximes relâchées de notre civi-lisation, les calculs desséchans de la cupidité etde l’égoïsme. L’Unterwald etMorgarten ont prouvéde nos jours que l’ancienne race des géans de laSuisse n’était pas encore éteinte. Le temps a mar-ché; les conditions d’existence de ce pays ontchangé complètement; à la période guerroyantea succédé la période industrielle; pour les Suisses d’aujourd’hui, il n’est plus question de se dé-fendre, mais de vivre, et il serait injuste, aprèstout, de leur faire un sujet de blâme du change-ment opéré dans leurs mœurs et dans leurs habi-tudes par l’irrésistible force des choses.