Band 
Premier volume.
Seite
449
JPEG-Download
 

- 44y -

je rencontrai un voyageur à cheval qui m’adressaquelques mots français prononcés à la française ;il y avait plusieurs jours que je n’en avais entendude pareils, et je ne saurais dire combien les accensde la langue maternelle m’ont fait de plaisir re-cueillis au milieu de ce désert, où un compatriotevous semble presque une connaissance, et où unesimple connaissance serait presque un ami. Moninterlocuteur était décoré d’un double ruban, et sonlangage, ainsi que ses manières, annonçaient unhomme bien élevé. Après avoir échangé quelquesparoles, nous nous séparâmes; il prenait justementla direction opposée à celle que je suivais, et je levis s’éloigner à regret; j’aurais voulu l’accompa-gner ou l’emmener avec moi, tant j’avais faim dela conversation d’un Français . La patrie n’est pasun mot vide de sens.

Je ne puis souffrir les gens qui se disent cosmo-polites; ces citoyens du monde, comme les appel-lent les Anglais , seraient, j’en suis sûr, de fortmauvais citoyens partout. Je n’ignore pas qu’ilexiste un axiome connu, et, malheureusement àl’usage de trop de gens : ubibene, ibipatriaj maiscette définition de la patrie est, selon moi, d’unhomme indigne d’en avoir une, et j’ajouterai qu’iln’y a qu’un égoïste, insensible aux plus pures et aux