Band 
Premier volume.
Seite
450
JPEG-Download
 

— 45o —

plus nobles affections du cœur qui ait pu l’inventer.La patrie est ce pays dont on a bégayé le langage surle sein maternel, ce pays où se sont écoulés les jourstant regrettables de notre enfance, où nous avonsgoûté les joies sans mélange et ressenti les peinespassagères de cet âge heureux, ce pays où notreâme s’est ouverte à toutes les émotions douces et eni-vrée des riantes illusions de la jeunesse; c’est làqu’est la patrie pour nous autres modernes, bienentendu, car les anciens avaient, à cet égard ,d’autres idées; leur caractère, leurs mœurs, lanature de leurs institutions établissaient, entr’euxet le pays qui les avait vus naître, des rapportsbien plus intimes, des rapports de tous les joursqui ne sauraient exister désormais. La patrie s’em-parait du citoyen, dès le berceau, et ne s’en des-saisissait qu’à la tombe; elle s’incorporait, pourainsi dire, à toute son existence. Il y avait, dansles hommes de ces lemps-là, un profond sentimentd’abnéaation et un enthousiasme de dévoûment à

O

la chose publique, dont les exemples ne se renou-vellent, de loin en loin, parmi nous que pour êtreofferts, comme d’honorables exceptions à l’admira-tion età la reconnaissance des contemporains. Toutpour la patrie : telle était la devise des anciens ;tout pour soi : telle pourrait bien être la nôtre.