— 21 —
teurs de l’Epoque, des Débats, de la Presse et du Siè-cle, se firent les plats historiographes de l’ovation dupremier baron juif .
Les Chambres, les princes, la presse, la magis-trature, l’industrie, l’armée et le barreau avaient étéinvités à cette inauguration qui, par une précipita-tion criminelle, pouvait couvrir la France de deuil.Meinherr Rothschild avait annoncé qu’il voulait fairegénéreusement les honneurs de son chemin de fer àdeux mille spectateurs : la curiosité avait étc grande,elle aboutit à une mystification. A part quelquesprivilégiés, les invités avaient été entassés dans deswagons de seconde classe sans stores ni rideaux, lesoleil y dardait ses rayons, la poussière aveuglait etil était impossible de voir à dix pas devant soi. Lapromesse d’un splendide déjeûner à Amiens faisaitcependant prendre patience. Arrivés à Amiens , lesmalheureux invités trouvèrent à peine une cinquan-taine de brioches et quelques rares caraffes de limo-nade ; les employés ou agens du célèbre juif alle-mand s’excusèrent sur le premier convoi qui, disaient-ils, avaient tout dévoré; or, pareille aventure étaitadvenue au premier convoi. Plus tard, les agens in-ventèrent une autre fable : S. M. Rothschild . P' avaitvoulu offrir un déjeûner à Amiens , mais la ville luiavait disputé cet honneur, et cela ne le regardait passi la ville avait si mal rempli les devoirs de l’hospita-lité. Malheureusement, M. le maire d’Amiens dé-mentit cette nouvelle et le premier baron juif fut bienet dûment convaincu de ladrerie au premier chef. Lecoup-d’œil de la gare d'Amiens fut un instant cu-rieux : les hommes les plus hauts placés s’y dispu-taient avec acharnement un échaudé ou une brioche,un verre de limonade ou un simple morceau de pain.Mais le signal est donné, les victimes remontent dans