de ceux qui ont marqué leur désastreux passageOn n’est plus assailli sur cette route que par denombreux mendians, dont l’opiniâtreté, à laquelleil fallait finir par céder, donna lieu, à notre com-pagnon de voyage, de déployer son talent d’avo-cat , en cherchant à nous prouver, dans les formes,que ces pauvres diables se rendaient coupablesenvers nous d’une sorte de guet-à-pens, d’assassi-nat moral, et devaient être punis en conséquence.« En effet, disait-il, eux et les brigands sont pous-sés par un même motif, celui de s’approprier lebien d’autrui; ils arrivent à ce résultat en em-ployant des moyens qui, s’ils ne sont pas identi-ques, sont pourtant d’une nature analogue. Quodest demonslrandum , et voici comme je le prouve :« Le voleur et le mendiant en veulent à votreargent; si vous refusez, de le leur livrer, ils vous yforcent, le premier en vous mettant un pistoletsur la gorge, le second en vous poursuivant, sansrelâche, par ses importunités auxquelles vous nepouvez vous soustraire qu’à ce prix ; dans les deuxcas, il y a contrainte, coercition, attentat contrela liberté individuelle et le droit de propriété. »Ce singulier paradoxe était appuyé de gestes et
i. "Voyez la Correspondance de Paul-Louis Courrier.