a se rencontrer , puissent passer sans danger. Surl’un des points les plus effrayans, mon guide meraconta qu’il y avait bien , bien long-temps qu’unseigneur, vrai gibier de potence et de mélodrame,passant par ici, et désirant se défaire de sa châte-laine,'sans doute afin de pouvoir convoler pluspromptement, la poussa dans le précipice, et quela pauvre créature s’étant accrochée, en tombant,à des broussailles qui la tenaient suspendue surl’abîme, le barbare baron eut la froide atrocitéde tirer son épée et de couper les broussailles pouren finir.
Ce guide valaisan paraissait un excellent petithomme. Pauvre comme Job, mais plus gai quelui, il riait, racontait, puis chantait à gorge dé-ployée, et avec une grande justesse, des airs suisses et des tyroliennes qui faisaient très bon effet, ré-pétés par les échos de ces lieux sauvages. Dansquelques-unes de ses chansons, revenait un nomqui me prouvait que les événemens et le person-nage qui ont remué l'Europe pendant les quinzepremières années de ce siècle, n’étaient pas de-meurés étrangers aux paisibles habitans de cesvallées, qui en avaient fait le sujet de leurs chantspopulaires. La gloire est pourtant quelque chose,et philosophes et poètes auront beau dire, ils n’en