comme un roc , en jetant sur nous un regard sau-rage et méfiant. Le chamois est bien loin d’avoirles proportions élégantes et légères du chevreuil ;son corps est plus ramassé, ses jambes sont plusgrosses et relativement plus courtes; sa physiono-mie est moins fine et sa démarche moins gracieuse.11 tient davantage de la chèvre, mais n'a point cetair de nourrice qui la caractérise, et l’on recon-naît, à l’instant, en lui, le farouche enfant desAlpes auquel la domesticité n’a pas imprimé soncachet dégradant.
C’est un spectacle d’une inconcevable magie quecelui que présente la vallée de Chamouny, par unbeau clair de lune, et je ne puis mieux faire com-prendre l’impression qu’il a produite sur moi ,qu’en renvoyant le lecteur à l’admirable descrip-tion, que la plume de M. de Chateaubriand a tra-cée d’une de ces belles nuits d’été des savannes del'Amérique . Cette impression vague et profondetient peut-être à ce qu'un pareil tableau réveilleen nous l’idée de l’immensité, unie à celle d’un re-pos éternel. A mesure que l’obscurité augmente ,le Mont-Blanc semble se rapprocher, et grandirdans des proportions colossales. Au-dessus de sabase ténébreuse, et des rochers dont ses flancs sonthérissés, s’élèvent les neiges pâlissantes de sa cou-