T.’honnêle Michel, remarquant que je ne disaisplus mot, crut que je m’ennuyais de ne rien voirà dix pas devant moi. Il m’avait surpris écoutant,avec intérêt, les chants nationaux de ces vallées,et le bonhomme, pour m’amuser, s’égosillait àchanter faux, très faux, avec une voix et une mé-thode qui eussent pu faire croire qu’il était élèvede ces bestiaux, confiés jadis à sa garde. Mais ilparaissait tellement convaincu qu’il chantait bien,et si heureux de me faire plaisir, qu’il y eût eu del’ingratitude à le détromper, en lui imposant si-lence. Si la nature n’en avait pas fait un chanteur,en revanche, il excellait à pousser le cri des pâtressuisses, cri perçant et sauvage, participant à lafois d’un hurlement, qui n’a pas l’air de sortird’un gosier humain , et des éclats d’un rire aigu etforcé. Des bergers lui répondaient par le mêmecri, d’une distance de plus d’une demi-lieue, etcette espèce de lutte me donna l’occasion de re-marquer un singulier genre d’écho, dont j’avaisdéjà été frappé, au milieu des rochers de Gemmi.De cri n’était point reproduit dans son entier etdans ses modulations diverses, mais un de sessçns les plus aigus, se prolongeait, se répétait ens’adoucissant par degrés; on eût dit les, vibrationsharmonieuses d’un diapazon immense.
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