- 3 9 4 -
kommen, que leur physionomie ouverte ne démen~tait point, nous invitèrent à prendre part au fes-tin , en nous offrant, à chacun, l’un de ces ustensilesen bois qui, par leur forme, tiennent à la fois del’éeuelle et de la cuiller. J’avais faim, et ne vou-lant pas, en outre, choquer ces bonnes gens, surlesquels j’avais jeté un coup d’œil dont le résultatétait fait pour me rassurer, je me suis mis à pê-cher, sans façons, de ces petites tranches de pain,que j’arrosai par de fréquentes libations d’un laitdélicieux. Ce repas me sembla exquis, et pourtantce n’était que de la soupe au lait! Si elle m’eût étéservie dans une auberge, sur une belle nappeblanche, dans une soupière en faïence, à formegrecque et avec une cuiller d’argent, il est à croireque je n’y eusse pas goûté. Mais cet intérieur dechalet, l’hospitalité cordiale de ces montagnards ,la figure honnête des convives, qui s’étaient assisà ce banquet champêtre, sans même qu’on les yeût invités, tout cela lui prêtait un mérite moral,dont l’art des Véry n’eût pu approcher. Ces gensme regardaient faire en ouvrant de grands yeux ,comme s’ils eussent été surpris de voir un monsieurmanger comme eux, et avec eux. Dès qu’il se pré-sentait un nouvel arrivant, les regards bienveillansde nos hôtes se tournaient vers lui, pour l’inviter