— 4 °° —
nombre d’habitations, elle tranche cependant ,d’une manière frappante, avec le site calme etriant qu’on vient de quitter, et dispose l’âme,ainsi que les yeux aux scènes qui vont suivre. Lesentier s’élève, à mi-côte, au-dessus du coursimpétueux de l’Aar , dont le sourd mugissementinterrompt seul le silence de ces lieux déserts. Achaque pas, la vallée prend un caractère plussombre, plus sauvage. Quelques bouquets de mé-lèzes et de sapins garnissent encore le revers desmontagnes; mais la végétation, qui va en s’ap-pauvrissant à mesure qu’on avance, finit bientôtpar disparaître entièrement. D’immenses rochersélèvent jusqu’au ciel leurs cimes dépouillées; deleurs flancs, déchirés par des crevasses, se dé-tachent d’énormes débris qui s’amoncèlent à leurpied et encombrent le fond de la vallée. De pro-fonds ravins, qu’ont creusés les torrens et les ava-lanches , sillonnent ces gigantesques masses dontils rompent l’uniformité. Le sentier, devenu pluspénible, passe sur des blocs de granit d’une cen-taine de pieds de long qui, polis par le frotte-ment, offrent une surface glissante comme laglace. Quelques pins rabougris, courbés par l’ins-tinct ou par la violence des ouragans, rampent,çà et là, sur ce sol bouleversé, qu’ils parent de