leur triste verdure. Après m’èlre arrêté un instantà l’hospice, j’atteignis enfin le sommet du Grim-sel. Mais comment essayer de rendre le sublimecaractère de grandeur et de désolation qu’offrentces affreuses et incommensurables solitudes? J’aisous les yeux le chaos dans toute son horreur etdans toute son âpre nudité. Ce ne sont plus desrochers , ce sont des monts tout entiers qui, dansleur menaçante décrépitude, semblent prêts à s’af-faisser sous leur propre poids, et à combler, deleurs débi'is confusément entassés, les gorgesarides qui les séparent. Ici tout porte les tracesde quelqu’une de ces terribles révolutions de notreglobe; tout y rappelle cette grande et belle imaged’un de nos poètes :
<c Sur les mondes détruits, le temps dort immobile. »
En vain l’âme oppressée cherche, au milieu decette scène de destruction, quelque émotion douceet consolante; en vain on voudrait échapper, àl’aide de l’imagination, aux impressions péniblesdont on se sent affecté; le souvenir même desriantes contrées que l’on vient de parcourir n’ap-parait plus que comme un rêve. Autour de vousrégnent au loin le silence, l’immobilité et la mort.