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Tome vingt-deuxième.
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M O R

c’est un esprit trop gâté pour être ramenépar le raisonnement.

J’avoue qu’on ne peut pas traiter lamorale par des argumens démonstratifs , &•j’en fais deux ou trois raisons principales.i“. Le défaut designes. Nousn’avons pasde marques sensibles , qui représententaux yeux les idées morales ; nous n’a-vons que des mots pour les exprimer : orquoique ces mots restent les mêmes quandils font écrits , cependant les idées qu’ilssignifient , peuvent varier dans le mêmehomme ; & il est fort rare qu’elles nesoient pas différentes, en différentes per-sonnes. 2 e . Les idées morales font com-munément plus composées que celles desfigures employées dans les mathématiques.II arrive de - là que les noms des idéesmorales , ont une signification plus incer-taine ; & de plus , que l’eíprit ne peut re-tenir aisément clés combinaisons précises,pour examiner les rapports & les discon-venantes des choses. 3 0 . L’intérêt humain,cette passion si trompeuse , s’oppose à ladémonstration des vérités morales \ caril est vraisemblable que si les hommesvouloient s’appliquer à la recherche deces vérités , selon la même méthode &avec la même indifférence qu’ils cher-chent les vérités mathématiques , ils lestrouveroient avec la même facilité.

La science des moeurs peut être acquisejusqu’à un certain degré d’évidence , par.tous ceux qui veulent faire usage de leurraison , dans quelque état qu’ils se trou-vent. L’expérience la plus commune dela vie , & un peu de réflexion fur soi-même & sur les objets qui nous environ-nent de toutes parts , suffisent pour four-nir aux personnes les plus simples , lesidées générales de certains devoirs, fanslesquels la société ne sauroit se maintenir.Ln effet, les gens les moins éclairés ,montrent par leurs discours & par leurconduite, qu’ils ont des idées astez droi-tes en matière de morale , quoiqu’ils nepuissent pas toujours les bien développer,ni exprimer nettement tout ce qu’ils sen-tent ; mais ceux qui ont plus de pénétra-tion , doivent être capables d’acquérird’une maniéré distincte, toutes les lumiè-res dont ils ont besoin pour se conduire.

M O R 2z;

II n’est pas question dans la Morale deconnoître l’estence réelle des substances,il ne faut que comparer avec foin certai-nes relations que l’on conçoit entre lesactions humaines & une certaine réglé.La vérité & la certitude des discours demorale , est considérée indépendammentde la vie des hommes , & de l’existenceque les vertus dont ils traitent, ont ac-tuellement dans le monde. Les offices deCicéron ne font pas moins conformes à lavérité , quoiqu’il n’y ait presque personnequi en pratique exactement les maximes, &qui réglé la vie fur le modele d’un hommede bien , tel que Cicéron nous l’a dépeintdans cet ouvrage. S’il est vrai dans la spécu-lation, que le meurtre mérite la mort, il lesera pareillement à l’égard de toute actionréelle, conforme à cette idée de meurtre.

Les difficultés qui embarrassent quelque-fois en matière de morale , ne viennentpas tant de l’obscurité qu’on trouve dansles préceptes ; que dans certaines circons-tances particulières, qui en rendent l’ap-plication difficile ; mais ces circonstancesparticulières ne prouvent pas plus l’incer-titude du précepte ^ que la peine qu’or»a d’appliquer une démonstration de ma-thématique , n’en diminue 1’infaillibilité.D’ailleurs, ces difficultés ne regardent pasles principes généraux , ni les maximesqui en découlent immédiatement ou mé-diatement , mais seulement quelques con-séquences éloignées. Pour peu qu’on fasteusage de son bon sens , on ne doutera pasle moins du monde de la certitude desréglés suivantes : qu’il faut obéir aux Ioixde la Divinité , autant qu’elles nous fontconnues : qu il n’est pas permis de faire dumal à autrui : que si l’on a causé du domma-ge , on doit le réparer : qu’il est juste d’o-béir aux loix d’un souverain légitime , tantqu’il ne prescrit rien de contraire aux ma-ximes invariables du droit naturel , ou àquelque loi divine clairement révélée, Ûc.Ces vérités, & plusieurs autres sembla-bles font d’une telle évidence , qu’on nesauroit y rien opposer de plausible.

Si la science des mœurs s’est trouvée detout temps extrêmement négligée , il n’estpas difficile d’en -découvrir les causes. IIest certain que les divers besoins de la

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