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vie , vrais ou imaginaires, les faúx inté-rêts , les impreíîions de Fexemple & descoutumes , le torrent de la mode & desopinions reçues, les préjugés de l’enfance,les pallions íirr-tout , détournent ordinai-rement les esprits d’une étude sérieuse dela morale. La philosophie , dit agréable-ment fauteur moderne des dialogues desmorts ; ne regarde que les hommes , &nullement le reste de f univers. L’astro-nome pense aux astres , le physicien à lanature , & les Philosophes à eux ; maisparce que cette philosophie les incommo-derait , si elle se mêloit de leurs affaires,& si elle prétendoit régler leurs pallions,51s l’envoient dans le ciel arranger les pla-nètes , & en mesurer les mouvements ;tou bien ils la promènent fur la terre , pourlui faire examiner tout ce qu’ils y voient :enfin ils f occupent toujours le plus loinst’eux qu’il leur est postible.
11 est pourtant certain , malgré cetteplaisanterie de M. de Fontenelle , quedans tous les temps , ce font les laïques.philosophes qui ont fait le meilleur ac-cueil à la morale ; & c’est une vérité qu’onpeut établir par tous les écrits des Sagesde la Grece &: de Rome. Socrate , le plushonnête homme de l’antiquité , fit uneétude particulière de la morale, & la traitaavec autant de grandeur , que d’exactitu-de ; tout ce qu’il dit de la Providence enparticulier , est digne des lumières dej’évangile. La morale est austi par-tout ré-pandue dans les ouvrages de Platon. Aris-tote en fit un système méthodique, d’après3es mêmes principes & la même écono-mie de son maître. La morale d’Epicuren’est pas moins belle , que droite dans sesfondements. Je conviens que fa doctrinefur le bonheur, pouvoit être mal inter-prétée , & qu’il en résulta de fâcheux ef-fets , qui décrièrent fa secte : mais au fondcette doctrine, étoit assez raisonnable ; &son ne saurait nier, qu’en prenant le motde bonheur , dans le sens que lui donnoitEpicure , la félicité del’homme ne consisteque dans le sentiment du plaisir , ou engénéral dans le contentement de l’esprit.
Cependant Zénon contemporain d’Epi-cure , se srayoit une route encore plusglorieuse , en sondant la secte des Stoï-
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ciens. En effet il n’y a point eu de philo-sophes qui aient parlé plus fortementde la fatale nécessité des choses, ni plusmagnifiquement de la liberté de l’homme,que font fait les Stoïciens. Rien n’estplusbeau que leur morale , considérée en elle-même ; & à quelques-unes de leurs maxi-ximes près, rien n’est plus conforme auxlumières de la droite raison. Leur grandprincipe , c’est qu’il faut vivre conformé-ment à la constitution de la nature hu-maine , & que le souverain bien de l’hom-me consiste dans la vertu ; c’est-à-diredans les lumières de la droite raison , quinous font considérer ce qui convient vé-ritablement à notre état. Ils regardoientle monde comme un royaume dont Dieuest le prince, & comme un tout, à futi-lité duquel chaque personne qui en faitpartie , doit concourir & rapporter toutesses actions, fans préférer jamais son avan-tage particulier à l’intérêt commun. Ilscroyoient qu’ils étoient nés, non chacunpour soi , mais pour la société humaine ;c’étoit là le caractère distinctif de leur sec-te , & l’idée qu’ils donnoient de la naturedu juste & de l’honnête. II n’y a point dephilosophes qui aient si bien reconnu , &si fort recommandé les devoirs indispen-sables où sont tous les hommes les unsenvers les autres , précisément én-tantqu’hommes. Selon eux , on est né pourprocurer du bien à tous les humains ;exercer la bénéficence envers tous ; se*contenter d’avoir fait une bonne action,& l’oublier même en quelque maniéré ,au-lieu de s’en proposer quelque récom-pense ; passer d’une bonne action à unebonne action ; se cr oire suffisamment payé,en ce que l’on a eu occasion de rendreservice aux autres, & ne chercher parconséquent hors de soi, ni le profit ni lalouange. A l’égard de nous-mêmes, ilfaut, disent les Stoïciens , n’avoir rientant à cœur que la vertu ; ne se laisser ja-mais détourner de son devoir , ni par le dé-sir de la vie , ni par la crainte des rem-mens , ni parcelle de la mort ; moins en-core de quelque dommage , ou de quel-que perte que ce soit. Je ne dois pas en-trer ici dans de plus grands détails ; maisun savant anglois , Thomas Gataker, dans