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Tome vingt-deuxième.
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ìa préface de son vaste & instructif com-mentaire sar Marc Antonin , nous a donnéune abrégé des plus beaux préceptes de lamorale des Stoïciens , tiré du livre mémede cet empereur , & de ceux d’Epictete& de Séneque, trois philosophes de cettesecte estimable, & qui sont les seuls avecPlutarque , dont il nous reste quelquesécrits.

Depuis Epicure & Zenon , on ne vitplus de beaux génies tenter de nouvellesroutes dans la science de la Morale : cha-cun íùivit la secte qu’il trouva la plus àson goût. Les Romains, qui reçurent desGrecs les arts & les sciences, s’en tin-rent aux systèmes de leurs maîtres. Dutemps d’Auguste, un philosophe d’Alexan-drie nommé Potamon , introduisit unemaniéré de philosopher que l’on appellaéclectique , parce qu’elle consistoit à choisirde tous les dogmes des Philosophes > ceuxqui paroistòient les plus raisonnables.Cicéron fuit à-peu-près cette méthodedans son livre des Offices , où il est tantôtstoïcien, tantôt péripatéticien. Cet excel-lent livre que tout le monde connoît, estfans contredit le meilleur traité de Mo-rale , le plus régulier, le plus méthodique& le plus exact que nous ayons. Il n’y aguere de moins bonnes choses dans celuides Joix , tout imparfait qu’il est ; maisc’est un grand dommage qu’on ait perdu sonTraité de la république, dont le peu defragmens qui nous restent donnent la plushaute idée.

Pour ce qui regarde la morale de Sé-neque & de Plutarque, je serois assez dusentiment de Montagne, dans le juge-ment qu’il en porte. Ces deux auteurs ,dit-il, se rencontrent dans la plupart desopinions utiles & vraies ; comme austlleur fortune les fit naître à-peu-près dansle même siecle ; tous deux venus de paysétranger ; tous deux riches & puissans.Peur instruction est de la crème philoso-phique : Plutarque est plus uniforme &constant : Séneque plus ondoyant & di-vers : celui-ci se roidit & se tend pourarmer la vertu contre la foiblestè, lacrainte & les vicieux appétits : l’autresemble n’estimer pas tant leur effort, &dédaigner d’en hâter son pas, & de se

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mettre sur sa garde : il paroît dans Sé-neque qu’il prête un peu à la tyranniedes empereurs de son temps : Plutarqueest libre par-tout, : Séneque est plein depointes & de saillies : Plutarque de choses :celui-là vous échauffe plus &. vous émeut :celui-ci vous contente davantage & vouspaye mieux , il nous guide ; l’autre nouspousse : tantôt dans Plutarque, les dis-cours font étendus ; & tantôt il ne lestouche que simplement, montrant seule-ment du doigt par où nous irons, s’ilnous plaît, & se contentant de ne don-ner qu’une atteinte dans le plus vif d’unrepos. II les faut arracher de-là, & lesmettre en place marchande.

Rajoute que les sujets des morales dePlutarque , font en général traités super-ficiellement ; & que les ouvrages de Sé-neque , le meilleur même, celui des Bien-faits , n’a point d’ordre. Epictete est plussimple & plus pur ; mais il manque devues & d’élévation. Marc Antonin mon-tre un esprit plus vaste & plus grand queson empire. U ne s’est pas contenté d’ex-pliquer solidement les préceptes de sesmaîtres, il les a souvent corrigés, & leura donné une nouvelle force , par la ma-niéré ingénieuse & naturelle dont il lesa proposés, ou par les nouvelles découver-tes qu’il y a jointes.

Les Platoniciens qui se rendirent cé-lébrés dans le III & iv. siecle , un flo-rin , un Amélius, un Porphyre , un Jam-blique, un Proclus, &c. s’attacherent beau-coup plus à expliquer les spéculations , ouplutôt les rêveries du fondateur de leurlecte, qu’à cultiver fa morale. Un très-petit nombre de docteurs de l’égîise chré-tienne ne surent guere plus heureux, eas’entêtant d’idées chimériques, d’allégo-ries , de disputes frivoles, & en s’aban-donnant aux fougues de leur imaginationéchauffée. II feroit superflu de parcourirles siécles suivans, où l’ignorance & lacorruption ne laissèrent presque plus qu’uneétincelle de bon sens & de morale.

Cepqndant Aristote abondonné, reparutdans le VI siecle. Boëce en traduisant quel-ques ouvrages du philosophe de Stagyre ,jeta les fondemens de cette autorité des-potique , que la philosophie péripatéti-