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Tome vingt-deuxième.
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cienne vint à acquérir dans la fuite destemps. Les Arabes s’en entêtèrent dansle XI. siécle, & l’introduiíìrent en Es-pagne où elle subsiste toujours : delà na-quit la philosophie scholastique , qui serépandit dans toute l’Europe ; & dont labarbarie porta encore plus de préjudice àla religion & à la morale , qu’aux scien-ces spéculatives.

La morale des scholastiques est un ou-vrage de pieces rapportées , un corps con-fus , fans réglé & fans principe , un mé-lange des pensées d’Aristote : du droit ci-vil , du droit canon, des maximes de ré-criture sainte & des peres. Le bon & lemauvais se trouvent mêlés ensemble ; maisde maniéré qu'il y a beaucoup plus demauvais que de bon. Les casuistes desderniers siécles n’ont fait qu’enchérir envaines subtilités, & qui pis est en erreursmonstrueuses. Pastons tous ces malheureuxtemps, & venons enfin à celui où la sciencedes mœurs est, pour ainsi dire , restùscitée.

Le fameux chancelier Bacon, qui finitsa carrière au commencement du xvij.fiecle , est un de ces grands génies à qui lapostérité fera éternellement redevable desbellesvues qu’il a fournies pour le rétablis-sement des sciences. Ce fut la lecture desouvrages de ce grand homme, qui inspiraà Hugues Grotius la pensée d’oser le pre-mier former un système de morale , &de droit naturel. Personne n’étoit pluspropre que Grotius à tenter cette entre-prise. Un amour sincere de la vérité , unenetteté d’esprit admirable , un discerne-ment exquis , une profonde méditation,une érudition universelle , une lectureprodigieuse , une application continuelleà l’étude , au milieu d’un grand nombrede traverses, & des fonctions pénibles deplusieurs emplois considérables , font lesqualités qu’on ne sauroit sans ignorance& fans injustice refuser à ce grand hom-me. Si la philosophie de son fiecle étoitencore pleine de ténèbres , il a presquesuppléé à ce défaut par la force de sonbon sens & de son jugement. Son ouvra-ge , aujourd’hui si connu , parut à Parispour la premiere fois en 1626.

Quoique Selden ait prodigué la plus vasteérudition dans fou système des loix des

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Hébreux sur la morale & le droit naturel ^il s'en faut bien qu’il ait effacé , ni mêmeégalé Grotius. Outre le désordre & l’obs-curité qui règnent dans la maniéré d’écrirede ce savant anglois , ses principes ne fontpoint tirés des lumières de la raison , maisdes sept préceptes donnés à Noé , qui nefont fondés que fur une tradition dou-teuse , ou sur les décisions des rabbins.

Peu de temps avant la mort de Grotius, 1parut fur la seene le fameux ThomasHobbes. Si ce -beau génie eût philosophésans prévention , il auroit rendu des ser-vices considérables à la recherche de lavérité ; mais il pose pour principe des so-ciétés , la conservation de soi-même &Futilité particulière : mais il établit furcette supposition , que l’état de natureest un état de guerre de chacun contretous ; mais il donne aux rois une autoritéfans bornes , prétendant que la volontédes souverains fait & la religion , & toucce qui est juste ou injuste.

II étoit réservé à Samuel Puffendorfde profiter heureusement des lumièresde tous ceux qui l’avoient précédé ,& d’y joindre ses propres découvertes.II développe distinctément les maximesfondamentales de la morale que Gro-tius n’avoit fait qu’indiquer, & il en dé-duit par des conséquences suivies , lesprincipaux devoirs de l’homme & du ci-toyen en quelque état qu’il se trouve. Iln’emprunte guere les pensées des auteurs,fans les développer , fans les étendre ,& fans en tirer un plus grand parti. Maisc’ert à M. Barbeyrac que le lecteur doitles principaux avantages qu’il peut aujour-d’hui tirer de la lecture du droit de laguerre & de la paix , & du droit de lanature & des gens. Il leur faut joindrçl’étude de Shafstbury , de Hutcheson , deCumberland , de Wolaston , de la Pla-cette & de l’Esprit des loix, qui respire lapure morale de l’homme dans quelqueétat qu’il se trouve.

11 nous manque peut - être un ouvragephilosophique fur la conformité de la mo-rale de l’évangile avec les lumières de ladroite raison ; car l’une & l’autre mar-chent d’un pas égal , & ne peuvent êtreséparées. La révélation suppose dans les