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Tome vingt-deuxième.
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» la composition des choses ». Or , deuxchoses composent la fable , dit le Bossu, lavérité qui lui sert de fondement, & lafiction qui déguise la vérité, & qui donnela forme de fable. Aristote n’a jamaispensé à ce déguisement. Il ne veut pas quela fable enveloppe la vérité , il vent qu’ellel’imite. Ce n’est donc pas dans l'allégo-rie , mais dans limitation qu’il en faitconsister Pessence. Le propre de P allégo-rie est que P esprit y cherche un antreíòns que celui qu’elle présente. Or , dansla querelle d'Achille & d’Agamemnon ,le sens littéral & simple nous satisfaitansti pleinement que dans la guerre civileentre César & Pompée. Le sens moral del’Odyssée n’est pas plus mystérieux : il estdirect , immédiat, austì naturel enfin quedans un exemple tiré de Phistoirc ; &P absence d’Ulysse , prise à la lettre , atoute fa moralité. La peine inutile quele Bossu s’est donnée pour appliquer sonprincipe à P Enéide , auroit dû Pen dissua-der. Qui jamais avant lui s’étoit avisé devoir dans l’action de ce poème « l’avan-» rage d’un gouvernement doux & mo-» déré fur une conduite dure, févere, &» qui n’inspire que la crainte ». Voilà oùconduit Pesprit de syíiême. On s’apper-çoit que l’on s’égare , mais on ne veutpas reculer.

L’abbé Terrasson veut que , fans avoirégard à la moralité , ors prenne pour sujetde l’épopée l’exécution d’un grand dessein,& en conséquence il condamne le sujetde P Iliade , qu’il appelle une inaction.Mais la colere d’Achille ne produit-ellepas son esset , & l’effet le plus terrible,par l’inaction même de ce héros ? Ce n’estpas la colere d’Achille en elle-même ,mais la colere d’Achille fatale aux Grecs,qui fait le sujet de l’Uiade. Si par elleune armée triomphante passe tout-à-coupde la gloire de vaincre à la honte de fuir,ík de la plus brillante prospérité à la plusaffreuse désolation , faction est grande &pathétique.

Le Tasse prétend qu’Homere a vouludémontrer dans Hector, que c’est une chosetrès-louable que de défendre fa patrie,& dans Achille , que la vengeance estdigne d’une grande ame. Le quali opi-Tome XXII.

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nioni eJJ'endo per Je probabili non verij/i-mili , e per /’artificio d’Homero diven~nero probabilijjime e provatijsune e Jìmi-lijjìme al vero. Homere n’a pensé à riende tout cela : car, i° il n’a jamais étédouteux qu’il fût beau de servir sa patrie,& il n’a jamais été utile de persuaderqu’il fût grand de se venger soi-même.

II est encore moins raisonnable de pré-tendre que l’Iliade soit l’éloge d’Achille ;c’est vouloir que le Paradis perdu soitPéloge de Satan. Un panégyriste peint leshommes comme ils doivent être ; Homereles peint comme ils étoient. Achille & laplupart de ses héros ont plus de vices quede vertus , & l’Iliade est plutôt la satyreque P apologie de la Grece.

Je ne fais pas pourquoi l’on cherchedans l’Iliade une autre moralité que cellequi se présente naturellement ; celle quele poète annonce en débutant, & qu’ilmet encore dans la plainte d’Achille à famere après la mort de son ami Patrocle.

“ Ah ! périssent dans l’univers les conten-» tions & les querelles ; puissent - elles» être bannies du séjour des hommes &

» de celui des dieux, avec la colere qui» renverse de son assiette l’homme le plus" sage & le plus modéré , & qui, plus» douce que le miel, s’enste & s’augmente” dans le cœur comme la fumée ! Je viens" d’en faire une cruelle expérience par ce” funeste emportement où m’a précipité» l’injustice d’Agamemnon ».

On voit ici bien clairement que la pas-sion , pour avoir sa moralité > doit êtrefuneste à celui qui s’y livre. C’est unprincipe qu’Homere seul a connu parmiles poètes anciens ; & s’il l’a négligé àl’égard d’Agamemnon , il Pa observé àl’égard d’Achille.

Lucain est fur-tout recommandable parla hardiestè avec laquelle il a choisi &traité son sujet aux yeux des Romainsdevenus esclaves, & dans la cour de leurtyran.

Proxima quidsoboles ; aut quid meruere ncpotesIn regnum rtafci ? Pavidè num gejjimus arma ?Ttximus an jugulos ? Alieni pcena timorisIn nostra cervice fedet .

Ce génie audacieux avoir senti qu’il

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