Band 
Tome vingt-deuxième.
Seite
243
JPEG-Download
 

M O R

Au nom de moralités , succéda celuide mystères de la Pajfion. Voye\ MYS-TERES de xa Passion.

Ces pieuses farces étaient un mélangemonstrueux d’impiété & de simplicité ,mais que ni les auteurs , ni les spectateursn’avoient Peíprit d’appercevoir. La Con-ception à personnages , ( c’est le titre d’unedes premieres moralités, jouée furie théâ-tre français, & imprimée in-ist. gothi-que , à Paris chez Alain Lotrian , ) faitainsi parler Joseph:

Man pmlcy ne se peut dejsaireDe Marie mon épouse sainâeQue s ai ainsi trouvée ençainte ,

Ne sçai s’il y a faute ou non.

De moi n'est la chose venue ;

Sa promejji n’a pas tenue.

Elle a rompu son mariage ,

Je fuis bien infeible , incrédule ,

Quand je regarde bien son faire ,

De croire qu’il n'y ait mejsaire.

Elle est ençainte , & d’ou viendroitLe f raid ? II faut dire par droit ,

Qu’il y ait vice d'adultéré,

Puisque je n’ensuis pas le pere.

Elle a été trays metys entiersHors d’ici , & au bout du tiersJe l’ai toute grojfe reçue :

L’auroit quelque paillard déçeue ,

Ou de JaiS voulu efforcer ?

Ha ! bries, je ne sçay que penser !

M O R 243

Mais qui croirait qu'un jésuite espagnol,du xvij. siecle, Jean Carthagena, mortà Naples en 1617 , ait débité dans un li-vre , intitulé Josephi mysteria , que saintJoseph peut tenir rang parmi les martyrs,à cause de la jalousie qui lui déchirait Tecœur, quand il s’apperçut de jour en jourde la grossesse de son épouse. Quelle porten’ouvre-t-on point aux railleries des pro-fanes , lorsqu’on ose faire des martyrs decette nature , & qu’on expose nos mystè-res à des idées d’imagination si dépravées!| [D. J.)

MORAT, ( Géog . ) petite ville de laSuiste , fur la route d’Avenche, capitaleJ du bailliage du même nom appartenant' aux cantons de Berne & de Fribourg.

Morat est illustré par trois sieges mé-morables , qu’il a soutenus glorieusement;le premier en 1031, contre l’empereurConrard le Salique ; le second en 1291,contre l’empereur Rodolphe de Habs-bourg , & le troisième en 1476 , contreCharles le Hardi, dernier duc de Bour-gogne. Ce dernier siégé fut suivi de cettefameuse bataille , où les Suisses triomphè-rent , & mirent l'armée du duç dans ladéroute la plus complette. Les habitantsde Morat célèbrent encore de temps àautre ce grand événement par des fêtes& des réjouiíîànces publiques. Ce Fut—îâl’aurore de leur liberté , que M. de Vol-taire a peinte d’un si beau coloris dans lesI vers suivants :

Je vois la liberté répandant tous les biens ,Descendre de Morat en habit de guerricre,

Les mains teintes du sang des fiers Autrichiens ,Et de Charles le téméraire.

Voilà de vrais blasphèmes en bon fran- | Devant elle on portoit ces piques & ces dards ,cois ! Et Joseph alloit quitter son épouse , I On traînait ces canons , ces échelles fatalesli l’ange Gabriel ne l’eut averti de n’en Qu’elle-même brisa, quand,ses mains triomphalesrien faire. j De Morat en danger , défendait les remparts ;

son pardon. On voit, par cet exemple , que la moralité étoit une leçon de mœurs , comme sonnom même l’annonce. Mais à la fin on s’apperf ut du ridicule des allégories qui étoient en usagedans la moralité, Dans le prologue à’Eugène, íodelle en fait sentir l'abus :

On moralise un conseil , un écrit,

Un temps, un tout , une chair , un esprit.

Hh 1