M O R
II. Sous le titre de mort violente nouscomprenons toutes celles qui Ion t occa-fìonne'es par quelque cause extérieure dontfaction est. évidente & prompte ; nouscomptons d’abord en coníéquence toutesles blessures qui empêchent le mouve-ment du cœur , par la section des nerfs,le dérangement du cerveau j par l’effu-íìon du sang , les plaies des ventricules,des gros vaisseaux, les épanchemens in-térieurs , les chutes fur la tête ou l’épine,avec commotion oj luxation, &c. lesopérations chirurgicales mal faites ou im-prudemment entreprises celles qui inter-ceptent la respiration , comme celles quipénètrent fort avant dans la poitrine, quicoupent détruisent la trachée-artere.Nous mettons austi au nombre des mortsqui viennent par défaut de respiration,celles des noyés, de ceux qui font expo-sés à la vapeur du vin fermentant, ducharbon , des mines, des tombeaux quiont resté long-temps fermés , des mouf-f’etes, & très-rarement ou plutôt jamaisla mort des pendus ; car ils meurent Jeplus souvent par la luxation de la pre-mière vertebre du col : cette opérationest un coup de maître, un tour délicatde bourreau expérimenté, qui ne veut pasfaire languir le patient. Quelquefois austises pendus meurent apoplectiques, le sangétant retenu & accumulé dar.s le cerveaupar la compression que fait la corde surles jugulaires. Le froid est quelquefois &dans certains pays fi violent , que lespersonnes les plus robustes ne sauroienty être exposées pendant quelque tempsfans perdre la vie de tout le corps oude quelque partie : son effet le plus sen-sible est de suspendre le mouvement deshumeurs, & d'exciter une gangrené lo-cale ou universelle ; cependant lorsqu’ilest poussé au dernier degré d’indeníité,il empêche la putréfaction , il desseche lessolides , les resserre puissamment, & gelepour ainsi dire les fluides. Ceux qui fontmorts de cette façon fe conservent pen-dant long-temps : on en a trouvé quiétoient encore frais après bien des années.On pourroit enfin rapporter aux mortsviolentes celle qui est î’effet des poisonsactifs pris intérieurement ou introduits par
M O R 2/9
quelques blessure ou morsure extérieure ;leur action est extrêmement variée &: fortobscure. Voye\ Poison.
III. La mort subite est une cessationprompte desmouvemens vitaux, fans au-cun changement considérable extérieur :c’est un passage rapide souvent faus causeapparente de l'exercice le plus florissantdes différentes fonctions , à une inactiontotale. On cesse de vivre dans le tems où lasanté paroît la mieux affermie & le dangerle plus éloigné, au milieu des jeux, des fes-tins, des divertiífemens , ou dans les brasd’un sommeil doux & tranquille : c’est cequi faisoit souhaiter aux anciens philoso-phes de mourir de cette façon ; & en effet,à ne considérer que le présent, c’est lamort la moins désagréable, qui évite lessouffrances, les horreurs que ne peuventmanquer d’entraîner les approches de lamort ; qui ne donne pas le temps de tom-ber dans cet anéantissement affreux , danscet affaissement souvent honteux pour un-philosophe, qui la précede dans d’autrescirconstances ; & enfin on n’a pas le temsde regretter la vie , la promptitude de lamort ne permet pas toutes les tristes ré-flexions qui se présentent à un homme quila voit s’approcher insensiblement.
On a vu des morts subites, déterminéespar des passions d’aine vives , par la joie ,la terreur, la colere , le dépit , &c. Unedame vaporeuse mourut dans l’instantqu’on luidonnoit un coup de lancette pourla saigner , avant même que le sang sortît.Quelques personnes font mortes ainsi fansqu’on pût accuser aucune cause précédente,sans que rien parût avoir donné lieu á unchangement si prodigieux ; dans ia plupartde ceux qu’on a ouverts, on a trouvé desabscès-qui avoient crevé , du sang épanchédans la poitrine ou dans le cerveau, despolypes considérables à l’embouchure desgros vaisseaux. Frédéric Fioffman raconte,fur le témoignage de Graff, médecin desélecteur Palatin, qu’un nombre considé-rable de soldats étant morts subitement ,on en sit ouvrir cinquante ; il n’y en eutpas un de ceux-là qui n’eût dans le cœurun polype d’une grandeur monstrueuse ,monstroj'â mr.gnìtudins. Georges Grc-isdl