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raison , c’est que si l’on n’attacfioít pas !la signification du mot une idée totale, onpourroit dire que le mot , diversement ter-miné , demeure le même , sous prétextequ’il exprime toujours la même idée prin-cipale ; mais l’idée principale & les idéesaccessoires font également partielles , & lemoindre changement qui arrive dans l’uneou dans l’autre est un changement réel pourla totalité ; le mot alors n’est plus le même ,c’en est un autre, parce qu’il est le signed’une autre idée totale. Une troisièmeraison , c’est que la notion du mot ainsientendue est vraie , de ceux même quiéquivalent à des propositions entieres ,comme oui , non , alle^ , morieris , &c. cartoute une proposition ne sert qu’à fairenaître dans l’esprit de ceux qui l’entendentaine idée plus précise & plus développée dusujet.
4°. J’ajoute qu’un mot est signe pour ceuxqui l’entendent. C’est que l’on ne parle eneffet que pour être entendu ; que ce quise passe dans l’esprit d’un homme , n’a au-cun besoin d’étre représenté par des signesextérieurs, qu’autant qu’on veut le com-muniquer au dehors ; & que les signes font■pour ceux à qui ils manifestent les objetssignifiés. Ce n’est d’ailleurs que pour ceuxqui entendent que Les interjections font dessignes d’idées totales, puisqu'elles n’indi-quent dans celui qui les prononce naturel-lement que des sentimens.
Enfin je dis qu’un mot devientpar usagele signe d’une idée totale, afin d’affigneríe vrai & unique fondement de la signifi-cation des mots. “■ Les mots , dit le pere», Lami ( Rhét. lìv. I ,, ch. iv ), ne signifientt> tien par eux-mêmes, ilsn’ont aucun rap-,, port naturel avec les idées dont ils font„ les signes ; & c’est ee qui cause cette di-t> versité prodigieuse de langues.: s’ily avoit„ un langage naturel, il seroit connu de», toute la terre & en usage par tout ».C’est une vérité que j’ai exposée en détail& que je crois avoir bien établie à V articleLangue {art. l,sub.fin.) Mais si les motsne signifient pas par nature, ils signifientdonc par institution ; quel en est fauteur ?Tous les hommes, ou du moins tous lessages d’une nation , se sont-ils assembléspour régler dans une délibération com-
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i mune îa signification de chaque mot , pouren choisir le matériel, pour en fixer lesdérivations & les déclinaisons ? Personnen’ignore que les langues ne se font pasformées ainsi. La premiere a été inspirée»en tout ou en partie, aux premiers auteursdu genre humain : & c’est probablement lamême langue que nous parlons tous, &que l’on parlera toujours & par-tout, maisaltérée par les changemens qui y survinrentd’abord à Babel en vertu de f opération mira-culeuse du Tout-puisiànt, puis par tous lesautres qui naissent insensiblement de ladiversité des temps , des climats , deslumières, & de mille autres circonstancesdiversement combinées. “ II dépend de; » nous, dit encore le pere Lami, ( ibid.>, ch. vij , ) de comparer les choses comme,, nous voulons », ; (ce choix des comparai-1 sons n’est peut-être pas toujours si arbitrairequ’il l’assure, & il tient souvent à des causesdont l’intìuence est irrésistible pour lesnations, quoiqu’elle pût être nulle pourquelques individus ; mais du moins est-iî; certain que nous comparons très-différem-ment, & cela suffit ici : car c’est ) >, ce quifait, ajoute-t-il, cette grande différencequi est entre les langues. Ce que les Latins,appellent f'enejira , les Espagnols l’appeilentventana , les Portugais j a ne lia ; nous nousservons austi de ce nom croisée pour mar-quer la même chose. Feneflra , ventus ,janua , cruxr, sent des mots latins. Le fran-çois, l’espagnol, le portugais viennent dulatin » (c’est-à-dire , que ces trois idiomesont emprunté beaucoup de mots dans lalangue latine, & c’est tout : ) >, mais lesEspagnols considérant que les fenêtresdonnent passage aux vents, les appellentventana de ventus : les Portugais ayant re-gardé les fenêtres comme de petites portes »ils ont appelées janella de janua : nos fenê-tres étoient autrefois partagées en quatreparties avec des croix de pierre ; on lesappeloitpour cela des croisées de crux : lesLatins ont considéré que l’usage des fenê-tres est de recevoir la lumière ; le nomfenestra vient du grec <ptu'»u* qui signifiereluire. C’est ainsi que les différentes ma-niérés de voir les choses portent à leur-donner différens noms Et c’est ainsi »puis-je ajouter, que la diversité des vues