MOT
Introduit en divers lieux des mâts très-dìffé-rens pour exprimer les mêmes idées totales;ce qui diversifie les idiomes, quoiqu’ilsviennent tous originairement d’une mêmesource. Mais ces différens mots, risquésd’abord par un particulier qui n’en connoîtpoint d’autre pour exprimer ses idées tellesqu’elles font dans son esprit, n’en devien-nent les signes universels pour toute lanation, qu après qu’ils ont passé de boucheen bouche dans le même sens ; & ce n’estqu’alors qu’ils appartiennent à l’idiómenational. Ainsi c’est l’usage qui autoriseles mots , qui en détermine le sens & l’em-ploi , qui en est l’instituteur véritable &Punique approbateur.
Mais d’où nous vient le terme de mot ?On trouve dans Lucilius , non andet diceremuttum ( il n’ose dire un mot ) j & Cornu-tus, qui enseigna la philosophie à Perse,& qui fut depuis son commentateur, re-marque sur la premiere satyre de son dis-ciple , que les Romains disoient proverbia-lement , mutum nullum emijeris ( ne ditespas un seul mot). Feslus témoigne quemutire , qu’il rend par loqui , se trouvedans Ennius ; ainsi mutum & mutire , quiparoisiènt venir de la même racine, ontun fondement ancien dans la langue latine.
Les Grecs ont fait uíàge de la mêmeracine , & ils ont pvfas , discours ; puinT»; ,parleur , & , parler.
D’après ces observations, Ménage dérivemot du latin mutum , & croit que Périons’est trompé d’un degré, en le dérivantimmédiatement du grec ftvhìt.
II se peut que nous l’ayons empruntédes Latins, & les Latins des Grecs ; maisil n’est pas moins possible que nous le te-nions directement des Grecs, de qui,après tout, nous en avons reçu bien d’au-tres : & la décision tranchante de Ménageme paroît trop hasardée, n’ayant d’aucrefondement que la priorité de la languegrecque sur la latine.
Rajoute qu’il pourroit bien se faire queles Grecs, les Latins, & les Celtes de quinous descendons, eussent également trouvéce radical dans leur propre fonds, & quel’onomatopée l’eût consacré chez tous aumême usage, par un tour d imaginationqui est universel parce qu’il est naturel. Ma, !
MOT 549
mi, mi, mì, meu, mo, mu~, mou , sontdans toutes les langues les premieres syllabesarticulées, parce que m est la plus facilede toutes les articulations (voye^ Langue,art. III, § ij , n. i.) ; ces syllabes doi-vent donc se prendre assez naturellementpour signifier les premieres idées qui seprésentent ; & l’on peut dire que I’idéede la parole est l’une des plus frappantespour d es êtres qui parlent. On trouve en-core dans le poète Lucilius , non laudarehomìnem quemquam, nec mu facere unquam ;où l’on volt ce mu indéclinable, montrécomme Pun des premiers élémens de laparole. 11 est vraisemblable que les pre-miers instituteurs de la langue allemandel’envisagerent à peu près de même, puisqu’ilsappelerent mut la pensée, par une métony-mie sans doute du signe pour la chose si-gnifiée : & ils donnerent ensuite le mêmenom à la substance de lame, par une au-tre métonymie de l’esset pour la cause.Voye{ MÉTONIMIE. (B. E. R. M. ) 1
Mot , Terme , Expression , {Syno.)Le mot, dit l’abbé Girard , est de la langue;l’usage en décide. Le terme est du sujet ;la convenance en fait la bonté. L’f xprejjìonest de la pensée, le tour en fait le mérite.
La pureté du langage dépend des mots ;sa précision dépend des termes ; & son bril-lant dépend des expressions.
Tout discours travaillé demande queles mots soient françois ; que les termes soientpropres; & que les expressions soient nobles.
Un mot hasardé choque moins qu’un motqui a vieilli. Les termes d’art font aujour-d’hui moins ignorés dans le grand monde,il en est pourtant qui n’ont de grâce quedans la bouche de ceux qui font profestionde ces arts. L es expressions trop recherchéesfont à l’égard du discours, ce que le fardfait à l’égard de la beauté du sexe ; em-ployées pour embellir, elles enlaidissent.
(D. J.)
- Mot CONSACRÉ, ( Gramm.) On appellemots consacrés certains mots particuliers quine font bons qu’en certains endroits ouoccasions ; & on leur a peut-être donné cenom, parce que ces mots ont commencépar la religion, dont les mystères n’ontpu être exprimés que par des mots fait ex-près. Trinité, incarnation, nativité, trans-