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Tome vingt-deuxième.
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MOT

Gomme la musique est plus qu’aucun autreart l’ouvrage de l’enthousiasme, i’hommeinspiré ne suit aucune réglé certaine ; iln’obéit qu’à une impulsion supérieure quile conduit souvent par des routes incon-nues & nouvelles ; son exemple & sessuccès deviennent bientôt des modelés& les principes d’une poétique musicale.

Les dissérens genres d’aiUeurs varient lespréceptes à l’infini. Ce qui convient à lamusique tragique ne va guere à la musiquecomique ; celle de l’église a encore uncaractère qui lui est propre ; & ces carac-tères font si diíférens chez les nations quiont excellé dans la musique, qu’une oreilleun peu exercée n’a pas besoin du secoursdes paroles pour les distinguer & les recon-nu! tre.

Le motif est ce qui constitue le plus par-ticulièrement le génie musical. L’étude &les instructions de Pécule enseigneront aumusicien la science de l’harmonie & deses effets ; avec du goût il apprendra àen faire usage à propos ; mais en vainíera-t-il profond dans la-science de son art;si ses motifs font communs ou vuides d’idées& de caractères, ses productions resteronttoujours médiocres. En vain voudra-t-ildérober le défaut de pensées & la pauvretéde génie fous les effets les plus imposansde l’harmonie , fous l’appareil des instru-mens d’un nombreux & bruyant orchestre,il ne réussira pas à donner le change àcelui qui entend le langage de la musique.C’est ainsi que le rhéteur forme l’oreiilede son éleve à l’harmonie , au nombredes périodes ; mais la noblesse , la cha-leur , la force des pensées , les bellesimages, les grandes & sublimes idées ne seremplacent point par un bruit de parolesharmonieuses, & ne s’apprennent pas àl’école.

Le musicien commencera par choisir lemouvement propre aux paroles que lepoète lui a données. Lorsqu’il aura à expri-mer les mortelles allarmes d’Andromaqueou de Mércpe, son genre de mesure seraagité. Lorsqu’il aura à exprimer les regretsd’un amant, qu’un devoir cruel arracheaux embrassemensde fa maîtresse, le mou-vement de son air sera languissant, doux,pose'. Ainsi son air Rappellera largo , can-

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tabile j aniante , allegro , prejto , aggitato ,suivant les différens caractères de la mesure;mais si la beauté du motif ne répond pointà la beauté du sujet; si ce motif ne rendpas d’une maniéré énergique & vraie lapassion que le poète n’a fait qu’indiquer ,& dont toute l’expression appartient aumusicien , celui - ci aura manqué ionbut.

Il n’y a point de musique fans mesure ;mais le motif donne seul la vie & le carac-tère à la passion. II est naturel d’exprimerdes passions douces par un mouvement:doux & tranquille, & les passions violentespar des mouvemens rapides ; mais ceuxqui connoistènt les chef-d’œuvres de fart psavent que la passion la plus douce peut êtr grendue par un air d’un mouvement rapid»fans perdre son caractère de douceur & detendresse , & que le génie a quelquefoisrendu la vitesse & la gaieté du mouvementnécessaires à l’expression de la tristesse fiede la langueur.

Le motif de l’air est ordinairement an-noncé par un début de l’orchestre , quenous avons appelé la ritournelle. Quelque-fois la chaleur de faction, ou d’autres rai-sons de convenance, s’oppofent á ce dé-but ; alors le chant commence avec l’or-chestre. Les différentes parties de l’air fontaussi entrecoupées de morceaux de ritour-nelle, tant pour laisser reposer le chan-teur , que pour donner du relâche á l’o-reille qui l’écoute. Quelquefois c’est l’or-chestre seul qui chante une partie du motif,& le chanteur ne fait que déclamer sur cechant, en tenues òu en notes principales ,une partie de ses paroles. Mais toutes cesvariétés ramènent toujours au motif, à Vi-dée principale, & tantôf le répetent enpartie , tantôt le rappellent d’une manièredélicate & détournée.

Après la seconde partie, on est en usage,pour rentrer & finir dans son ton , dereprendre la premiere , en supprimanttout au plus une partie de la ritournelle del’orchestre,. parce que le motif é tant connu,l’oreille n’a plus besoin de cette annonce.Lorsque l’air n’a point de seconde partie ,il s’appelle cavata ou cavatina. Un chanteurqui a du goût, ne manquera guere de vousrappeler à la çadeace le motif de l’air, dont