Band 
Tome vingt-deuxième.
Seite
356
JPEG-Download
 

z;6 MOT

il employera un endroit, un accent , un

son principal.

Toute cette économie de Pair n’est pointl’ouvrage du raisonnement & de ia réflexion;mais celui d’une conception rare , donnéepar un instinct supérieur , dont la marchene s’apperçoit qu'après l’invention, & dontle jugement est obligé de justifier & d’ad-mirer Pouvrage.

On voit que Pair est Pexprestion en chantd’une feule idée musicale , qu’on a nomméson motif, & qui se destine & se répetedans les différentes modulations dont leton est susceptible. L’ouvrage du génie estde trouver ce motif ; celui du goût, del’étendre & de le conduire , ensorte que larépétition n’en soit ni assez rare pour man-quer son effet, ni assez fréquente pour de-venir fastidieuse.

Ce n’est point que cette idée principalene puisse être embellie d’idées accessoires ;mais celles-ci font ordinairement commu-nes , & Pautre donne à Pair son caractère& son prix.

Quelquefois le motif est chanté par lavoix & par le premier violon seuls , tandisque le second & les autres parties accom-pagnantes suivent un destin particulier ,lequel, quoique divers , ne sert ordinai-rement qu’à mieux faire sortir l’idée prin-cipale.

Quelquefois le musicien se permet desécarts : ce font des traits de feu & d’en-thousiasme qui {'éloignent subitement deson motif, & qui produisent ordinairementun instant d’etonnement ; mais après cetécart court & rapide, l’oreille revient àson motif avec plus d’amour & de complai-sance.

Ce retour de la même pensée destinéedans les différentes modulations du ton ,est particulier à Pexprestion musicale. Dansle discours & dans la poésie , au lieu defaire de l’effet, il ne serviroit qu’à P affai-blir ; & plus une pensée est grande & belle,plus la répétition en seroit déplacée & dan-gereuse: C’est que {'orateur & le poète sefervent de signes certains , dont Peffet estsûr & déterminé, au lieu que la pensée mu-sicale plus délicate, plus vague , plus fugi-tive , passe avec trop de rapidité pour êtrefixée en un seul instant ; & ce n’est qu’en

MOT

la conduisant par les différentes modulationsde son ton , que le musicien communiqueraà l’oreille attentive le sentiment qui le do-mine ; & c’est aussi peut-être que les signesde la musique étant, comme nous le disons,plus vagues que ceux des autres arts li-mitation , elle est obligée de copier la na-ture de plus près , & de choisir une natureplus forte, plus caractérisée, & que sesmomens précieux d’imitation font les mo-mens de nature troublée ou passionnée ;momens dans lesquels la nature revientcent fois fur la même idée , fur la mêmeexpression, fur la même plainte , fur lemême reproche , &c. mais seulement avecdes accens différens ; procédé qui tient àune persuasion profonde qu’on ne nousfait souffrir , qu’on ne nous refuse amour,justice ou commisération , que parce qu’onn’a pas entendu nos raisons, qu’on n’apas vu nos peines , qu’on ne connoit pasl’état de notre ame ; persuasion qui nousporte bien plutôt à répéter fans cesse l’ex-; pression que nous jugeons la plus juste &la plus frappante qu’à l’abandonner , pouren montrer une autre qui seroit nouvelle ,mais plus foible. Aussi ceux qui prçndroientla déclamation de Facteur pour le vraimodele du musicien, se tromperoient gros-sièrement. II lui faut quelque chose deplus vrai : il lui faut l’homme même ; fansquoi son ouvrage ne seroit que la copied’une copie.

Si vous ne lavez conduire votre motif,il ne fera point d’effet ; il échappera mêmeau plus grand nombre de vos auditeurs , &vous ne ferez qu’une fuite de modulations& de phrases musicales, fans liaison, sansensemble & sans autre caractère que celuide la mesure.

D’après ces réflexions, on juge aisémentque le poète ne doit qu’indiquer les senti-mens, & que c’est au musicien de leurdonner toute {'expression ; Fun ébauche *l’autre perfectionne. II ne faut donc pourun air que peu de paroles, dont Fidée soitune , & le résultat d’une seule situation ;de longs discours, une fuite d’idéès simul-tanées ne peuvent être que récités , c’est-à-dire déclamés fans mesure, mais ne fau-roient être chantés ; car le musicien nepeut avoir qu’un motif à la fois j & s’il ly