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quittoit pour en suivre un autre ) ou s’ílcherchoit à les accumuler , il ne produiroitla plupart du temps aucun effet. Quatrevers pour la premiere , autant pour la :seconde partie, c’est presque tout ce qu’unmusicien peut exprimer dans un air , fansnuire à î’unité de son motif. Dans la comé-die , la saillie permet par fois d’affemblerun plus grand nombre de vers , & des dis-cours très-variés ; mais alors le composi-teur est obligé de changer de motif, &même de mesure , aussi souvent que lepoète change d’idée & de situation ; en-dette que ce genre d’airs comiques est pro-prement un recueil de trois ou quatre airsdifférons. Dans la tragédie le goût étantplus sévere, les occasions de changer demesure & de motif í ont rares.
Le motif est comme une proposition par-tagée en deux membres. Lorsque , parexemple, le poète dit : Per pietà , bdÛ idolmìo , non mi dir.cK to sono ingrato ; infelice ,sventurato abbastan^a il ciel mi fè , le pre-mier membre du motif est consacré auxdeux premiers vers , & le second aux deuxautres.
Ceux qui n’entendent pas le langage dela musique, regardent le retour du motif& des mêmes paroles comme une simplerépétition ; mais avec des organes plusdélicats & mieux exercés , vous sentezbientôt que c’est à ces prétendues répéti- ■tions que vous devez les impressions lesplus fortes & les plus délicieuses : fanselles, quelle que soit la variété des modu-lations & des effets de l’harmonie, ce n’estqu’un vain bruit dont vous vous sentezbientôt excédé, si le musicien ne sait vousfixer par des idées qui vous reviennent &vous restent.
D’ailleurs, comme I’air est réservé pourles momens passionnés , & qu’il est, pourainsi dire, la récapitulation & la péroraisonde la scene, la répétition des mêmes pa-roles y est ordinairement sublime par lavariété de déclamation , par laquelle lecompositeur cherche à imiter les différens2 ccens de la même passion. En effet, lors-que Mérope, dans l’excès de fa douleur ,déclare qu’elle mourra désespérée, en con-servant le motif de son air , elle ne se con-tentera pas de le dire une fois ; elle le dira
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vingt fois ; elle le dira de toutes les ma-niérés : tantôt en suppliant, elle chercheraà s’attirer la pitié ; tantôt elle le dira avectous les cris du désespoir ; tantôt suffoquéepar la douleur, la parole lui manquera ;
& ne pouvant articuler , elle pouffera dessyllabes entrecoupées : ah... mo... ri... ra...jusqu’à ce qu’un accès de frénésie lui rendela force de crier. Dans toutes ces diffé-rentes déclamations, elle ne chantera ja-mais que les mots difperata morira ; maiscelui qui n’y trouvera qu’une répétitiondes mêmes paroles, ne doit jamais enten-1 dre de la musique.
On a aussi attaqué l’ufage de reprendrela premiere partie de l’ait après la seconde.Lorsque cela ne se peut sans un contre-sensdans les paroles, cela ne peut être approuvé;mais il faudrait prier les poètes de ne pointmettre le compositeur dans le cas de nepouvoir reprendre son air sans blesser lesens commun. Car en y réfléchissant , ontrouvera le dà capo très-nécessiiire à l’effetd’un air dont le motif & le caractère échap-peraient fans cela à l’oreille avec trop defacilité.
Pour ne point ôter à Pair son effet, onne saurait employer trop de soins pourfaire sortir son motif , ni trop de délica-tesse pour le ménager. Deux ou trois airsfaits avec le plus de goût & de génie , nepourraient se succéder sans s’entre-nuire,& voilà une des raisons qui ont engagé departager le drame en musique, en réci-tatif & en airs. Car indépendamment dela raison musicale qui veut que facteur nechante qu’au moment le plus intéressant dechaque situation , il est certain qu’on nepourrait chanter plusieurs airs de fuite fansfatiguer & rebuter l’oreille la plus avide demusique.
Toute cette théorie du drame en musi-que qui a reçu fa perfection dans ces der-niers temps par l’illustre Metastasio , & parVinci, Léo, Feo, par le divin Pergolesi ,par fimmortel Haííe que l’Italie a nomméle Saxon par excellence, par d’autres grandsmaîtres qui ont suivi ces hommes de génie,mériterait d’être mieux approfondie ? Unemusique dont le récitatif & le chant set confondraient & n’auroient pas un çaraç-